‹ La vie des sociétésChapitre 119 sur 208 · COMMUNISME · texte numérisé non relu

COMMUNISME

et les prairies, restent en commun. Cette évolution de la propriété du communisme à l’individualisme se fait dans toutes les civilisations, comme celle du langage, comme celle de tous les phénomènes que nous observons dans la nature.

La communauté des biens fut la règle, partout, au début. Les Germains possédaient en commun les immenses forêts de leur pays ; les champs cultivés appartenaient à la tribu, à la famille, mais étaient mis, chaque année, dans des mains nouvelles et désignées par le sort : arva mutant per annos neque longius anno remanere uno in loco sinunt. Il en était de même en Italie, avant l'établissement des Romains ; il en était de même dans les pays scandinaves. L'Inde, le Mexique, le Pérou avaient et ont encore plus ou moins la propriété commune ; elle était la règle chez les Anglo-Saxons avant la conquête normande : la trace des communautés de village se retrouve même encore dans l’est de l’Angleterre, celle des communautés de tribus dans l’ouest et dans le clan écossais. Les Slaves ont conservé la propriété commune des champs avec lotissement temporaire d’une petite partie : le #17 russe réalise cet idéal du communisme primitif. La commune ou mir est seule regardée comme propriétaire; elle seule administre son bien, paye au seigneur la rente, à la couronne l'impôt ; les habitants n’ont que l’usufruit et ne possèdent qu'en commun. Tous les trois ans on fait un lotissement par tête, opération qui devient une prime au grand nombre d’enfants et empêche d’ailleurs le paupérisme. Dans toute cette phase de la propriété commune, on partage, en effet, les récoltes proportionnellement au nombre de têtes; on décide en commun, sous la présidence des anciens, l’opportunité des travaux des champs, on se partage les corvées nécessaires à l’entretien ou à la réparation du bien commun.

* Même dans les pays où la propriété individuelle est la plus appréciée et où elle est devenue un dogme, comme en France, il est aisé de reconnaître encore des vestiges de l’ancien communisme : le domaine de l’État, les forêts de l’ État,

les biens communaux sont encore, en somme, une permanence du communisme de la propriété foncière : certaines communes, grâce à leurs communaux, évitent le paupérisme. La coutume ancienne des bars, pour les vendanges notamment, remontait elle-même à l’époque communiste; encore aujJourd’hui l’impôt des prestations est un souvenir de l’antique solidarité qui unissait les copropriétaires d’un même bien.

Il est certain que, sous cette évolution du communisme vers l’individualisme dont la grande ligne est bien nette, les détails sont comme toujours ondoyants. Ce n’est pas par une série de secousses que se fait l’évolution ; cela n’est le propre que des révolutions : elle résulte d’un glissement insensible sur une pente inappréciable. C’est ainsi que dans beaucoup de pays, où la propriété est cependant restée commune, la propriété individuelle à pu apparaître de bonne heure sur certains points, et qu’inversement, dans les pays où l’individualisme s’est le plus accentué, on peut voir persister des traces 1ndéniables de communisme.

Il faut bien reconnaître que la propriété commune avait des avantages, puisque tous les peuples ont eu recours à ce système et que quelques-uns s’immobilisent encore dans cette forme ; mais elle avait évidemment des inconvénients, puisque les peuples les plus avancés en évolution tendent de plus en plus à s’en dégager. La propriété commune a pour avantage incontestable de supprimer le paupérisme : il n’y a point de pauvres dans un pays où chaque homme a droit au partage des terres et de leur récolte; il n’y a même pas de paresseux, car celui qui refuserait de s’associer au travail commun serait banni de la société et se verrait exclu du partage. Mais, par contre, la propriété individuelle et la faculté de la transmettre à ses enfants ou, à leur défaut, à ceux qu’on aime le plus, sont an stimulant bien plus puissant du travail ; le sentiment de responsabilité, l’initiative individuelle se développent alors au grand profit de l’individu sans doute, mais au profit de la collectivité également,

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