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DANGERS DE L’'INÉGALITÉ DES FORTUNES

qui mettra dans ses mains la force motrice, captée, transportée et infiniment divisée. Nous avons encore le paupérisme industriel, parce que, comme le dit M. Coste, « nous possédons une organisation sociale encore défectueuse, dont les parties ne sont pas parvenues à cet accord et à cette harmonie, qui donnent la santé collective ».

L’inégalité des fortunes est mauvaise pour les sociétés. — L’excès de richesse est aussi malsain que l’excès de pauvreté. — Phtisie des riches

et phtisie des pauvres.

L’inégalité dans la répartition de la richesse entre les citoyens est mauvaise pour la société tout entière : au lieu d’être constituée de classes très riches et de classes très pauvres, elle a intérêt à ce que la richesse soit distribuée entre les citoyens en proportion de leur intelligence, de leurs efforts et des services qu'ils lui rendent. Les citoyens eux-mêmes sont intéressés à cet équilibre ; car, si la pauvreté est un milieu funeste, l’excessive richesse n’est pas, au point de vue démographique, une condition beaucoup plus avantageuse. « IImanque à quelques-uns jusques aux aliments ; ils redoutent l’hiver ; ils appréhendent de vivre. L’on mange ailleurs des fruits précoces ; l’on force la terre et les saisons pour fournir à sa délicatesse : de simples bourgeois, seulement à cause qu’ils étaient riches, ont eu l’audace d’avaler en un seul morceau la nourriture de cent familles. Tienne qui voudra contre de si grandes extrémités, je ne veux être, sije le puis, ni malheureux ni heureux; je me jette et réfugie dans la médiocrité. » La Bruyère était dans la vérité non seulement au point de vue de la justice, mais aussi au point de vue démographique.

Ainsi qu'on l’a dit, la phtisie du riche et la phtisie du pauvre, l’une due à une sorte de pléthore, l’autre à une anémie,

traduisent toutes deux une égale misère physiologique. C’est ainsi qu’en Angleterre, une étude statistique des lords détenteurs des grosses fortunes a montré que leur mortalité, de quinze à soixante ans, était supérieure à celle de leurs fermiers. La goutte, les névroses complexes, la phtisie font sur eux des ravages comparables à ceux que subit la misère. Mais, si cela est vrai pour les très grosses fortunes, il n’en est plus de même évidemment pour la richesse opposéesimplement à la pauvreté : l’une est saine autant que l’autre l’est peu.

Or rien ne prouve mieux combien notre milieu social est encore défectueux que le nombre considérable des pauvres présenté par nos sociétés. Ce nombre, je le disais tout à l'heure, augmente, par une ironie étrange, en raison directe de l’intensité même de notre civilisation. Le dernier recensement du paupérisme à Londres (1880) donne 133.709 assistés, dont 93.541 secourus chez eux et 40.168 dans les workhouses. En un seul jour du mois de novembre, 818 personnes ont été arrêtées comme en état de vagabondage, soit 592 hommes, 189 femmes et 37 enfants. À New-York, il existe environ 30.000 vagabonds qui n’ont ni feu ni lieu.

Et

Morbidité des pauvres. — La pauvreté est plus supportable dans les pays chauds. — « Le riche meurt moins que le pauvre. » — Mortalité des ouvriers supérieure à celle des patrons. — Age moyen des décès plus précoce chez les ouvriers que chez les patrons. — La transition brusque entre la richesse et la pauvreté est aussi malsaine que la transition des climats. — Le petit acclimatement est seul possible.

La morbidité des pauvres est considérable. J.-J. Rousseau a pu dire, avec son emphase habituelle, que « c’est sous l’habit rustique d’un laboureur, et non sous la dorure d’un courtisan, qu’on trouvera la force et la vigueur du corps ; »

mais il faut prendre son observation à la lettre et non,

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