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LE RICHE MEURT MOINS QUE LE PAUVRE

comme il le faisait lui-même, au figuré, en opposant la pauvreté à la richesse. Oui, le paysan est vigoureux, et encore s’il est bien nourri; mais le pauvre des villes, qui ne trouve dans l'atmosphère malsaine qu’il respire aucune compensation à un régime mauvais, ne présente aucune résistance aux nom breuses causes de maladies, au milieu desquelles il passe sa vie. L'hiver est pour lui particulièrement mortel : aussi la pauvreté n'est-elle supportable que dans les pays chauds ; aussi est-ce dans ces pays que le paupérisme et la paresse ont été élevés à la hauteur d’un dogme philosophique et religieux. Seuls les pays chauds ont pu servir de théâtre à ces conceptions absurdes du découragement et de la paresse aboutissant au Nirwânâ! Sous le ciel brûlant de la Judée, Jésus-Christ a pu laisser flotter sa barque à la dérive sur le lac de Génésareth et donner pour exemple à ses disciples « Le lis qui ne tisse nine file » ; mais la belle et consolante maxime pour un ouvrier, qui a femme et enfants et pas d’autres moyens de nourrir et d'élever sa famille, que de faire le dur métier de puddleur dans une usine de Londres! | |

Dans nos pays dits tempérés, elle est toujours vraie cette formule de Bouchardat : « Le riche meurt moins que le pauvre. » C’est surtout sur les enfants etsur les vieillards pauvres que la misère fait sentir son influence malsaine : on à calculé qu’elle tue 90 % des pauvres avant cinq ans. D’après les calculs de Deparcieux, sur 1.000 nouveau-nés riches, 235 arriveront à soixante-dix ans, tandis que sur 1.000 nouveau-nés pauvres, 117 seulement arriveront à cet âge. À Paris, dans les quartiers riches, la mortalité annuelle est de 13 à 16 pour 1.000, tandis que, dans les quartiers pauvres, elle est de 25 à 31 pour 1.000. La même proportion a été constatée par Villermé à Mulhouse et par Le D' Marmisse à Bordeaux. La différence est plus marquée encore à New-York, où dans les quartiers riches la mortalité est de 28,79 pour 1.000, tandis qu’elle est de 150 à 196 pour 1.000 dans les quartiers pauvres.

L’échéance du tribpt que les hommes paient à la mort

varie tellement avec la situation de fortune, avec la richesse, quelle semble être plus clémente avec les patrons qu'avec leurs ouvriers : tandis que l’âge probable des décès est de 28 ans chez les patrons, il est de 10 ans (chiffre moyen) chez les ouvriers bien rétribués. Cette moyenne est abaissée surtout par l'extrême mortalité de leurs enfants ; elle est de 1 an, 5 chez les ouvriers peu payés. Si, pour plus d’exactitude dans la probabilité, on élimine les enfants, on trouve que l’âge moyen des décès est, pour les patrons, de 43 ans, et, pour les ouvriers, de 15 ans.

Le milieu social créé par la richesse plus ou moins grande, en d’autres termes par la richesse où par la pauvreté, est bien un milieu biologique. C’est un milieu au même titre que le milieu climatérique, et les lois de l’acclimatement sont les mêmes dans l’un et dans l’autre cas. Bien que tous les climats ne soient pas également sains, on s’habitue en somme à tous : ce qui surtout apporte du trouble dans l’organisme, c’est le changement brusque de climat. Passer du cercle boréal sous les tropiques, c’est, au point de vue climatérique, passer de la pauvreté à la fortune ; or peu d'organismes peuvent supporter un changement aussi important dans la latitude. Ceux qui restent dans la pauvreté du climat boréal, où ils sont nés, ont plus de chance de vie que ceux qui se sont laissé séduire par les rayons brûlants du soleil équatorial. Les recherches des climatologistes et des voyageurs ont montré, que les organismes n'étaient pas doués d’assez d’élasticité et de souplesse, pour se prêter à autre chose qu’au peñit acclimatement : une race peut se transporter sous une latitude très différente de celle où elle est née, mais cela ne se fera qu’à la condition de se faire lentement, qu’à la condition que chaque génération ue subira qu'un changement peu considérable, que la génération suivante n’en fera pas davantage et que seule la série plus où moins longue des générations aura effectué le passage, d’une manière presque insensible pour chacune de celles qui la constituent. Les niveaux très différents de la richesse ne

INSUFFISANCE DE LA PHILANTHROPIE. a Et |

peuvent de même être impunément parcourus par un même individu ; l’homme n’est capable, aussi là, que du petit acelimatement.

L’enrichissement trop rapide est aussi mauvais que la chute trop brusque de la fortune dans le dénûment : à peine est-on arrivé à provoquer ces brusques et favorables revirements de la fortune, qui font tant d’envieux et font courber tant de colonnes vertébrales, qu’il faut payer tous les efforts qu’on à dû faire et sentir l’usure de ses organes. Ils n’ont plus assez de force pour résister à toutes les jouissances dont le parvenu a fait son but et dont il se gorge. « Il faut avoir trente ans pour songer à sa fortune ; elle n’est pas faite à cinquante ; l’on bâtit dans sa vieillesse et l’on meurt quand on en est aux peintres et aux vitriers. » |

Insuffisance de la philanthropie. — Un remède inutile est dangereux. — Les remèdes curatifs valent mieux. — Les préservatifs mieux encore. — Lodying-house.

Cette inégalité de condition biologique entre Les riches et les pauvres, cette éternelle question du paupérisme a eu le privilège de susciter toute une série de panacées, dont chacune était, pour son inventeur, le remède définitif. Mais ce n’est point par des onguents anodins qu’on refait un organisme ; ce n'est pas davantage par quelques palliatifs qu’on remédiera à cette imperfection de nos sociétés qui se traduit par le paupérisme : c’est l’évolution tout entière qu’il faut pousser plus loin ; c’est le milieu social qui doit être modifié et qui »e le sera qu'avec le temps, que pour des générations nouvelles, profitant de l'éducation nouvelle, des mœurs nouvelles, que les générations précédentes leur auront préparées.

Il en.est, du reste, de ces palliatifs comme de certains remèdes inoffensifs : ils ne font pas de mal par eux-mêmes,

il LA RICHESSE,

mais ils sont néanmoins dangereux, parce qu'ils endorment le malade dans une sécurité trompeuse et qu’ils empêchent de suivre une médication énergique et efficace. Les institutions philanthropiques sont de ce nombre. On ne peut sans doute blâmer les personnes riches qui pratiquent la charité, n1 les associations philanthropiques ; mais tous ces bons vouloirs isolés ou collectifs seraient bien plus efficaces, si, au lieu de se borner à soutenir mécaniquement l’homme qui tombe, 1ls pouvaient, comme par un breuvage tonique, lui donner la force de se relever seul. A celui qui donne une béquille au paralytique je préfère celui quile guérit de sa paralysie, et à ce dernier je préfère encore celui qui empêche la paralysie de se produire.

A ce titre il est cependant permis de citer, comme exemple d’une philanthropie éclairée, les tentatives faites à New-York, sous l'inspiration de M. Brace, parce qu’elles tendent à susciter le grand levier kumain, l'initiative individuelle. La société qu'il a fondée, et dont le capital résulte de donations charitables, à pour but d'attirer les enfants errants dans un lodging-house, qui leur est destiné. & Il fallait surtout, dit M. Brace, traiter ces gamins en petits hommes indépendants,

ne rien leur donner sans payement. » Ce principe original et au-

trement moralisateur que celui de l’aumône leur fournissait un bon lit pour 32 centimes, uu bain et un souper pour 20, puis une école! 260 lits furent vite remplis ; les frais étaient couverts par les enfants, qui en 1870 apportèrent en payement ‘3.349 dollars, par des donations nombreuses, enfin par une subvention municipale. Au principe original et excellent du payement on ajouta cet autre principe, qui, chez nous, équivaudrait à une révolution, l’attrait du plaisir : cigares, café, conférences, lanternes magiques, cabinet de lecture! En dixhuit ans la société à recu 91.326 enfants, elle à fourni 576.485 lits pour une nuit, 469.461 repas; elle à dépensé 132.888 dollars, mais elle a placé 7.298 enfants et fixé 5.126 jeunes vagabonds! Le même système a été ensuite appliqué aux femmes. Fidèle à sa doctrine bien humaine de l’at-

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