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LA PHILANTHROPIE EN AMÉRIQUE. DA

trait par le plaisir, elle Les a fait venir chez elle, dans ses ateliers et dans ses écoles, par l’appât de la toilette : la promesse d’un joli ruban servait de prétexte à une journée passée à l’atelier ou à l’école, et la société se trouvait avoir fait une bonne affaire! Ce lodging-house avait été établi dans le quartier de la prostitution ; or, à mesure que le nombre des filles qui venaient librement dans l’asile augmentait, le nombre de celles qu'on mettait en prison diminuait : la même prison qui en 1861 avait reçu 3.172 femmes, n’en reçut plus que 839 en 1871; enfin, sur 2.000 femmes ainsi rachetées par elles-mêmes, car c’est là le point important, 5 seulement sont devenues criminelles ; les autres ont été placées. Tout cela prouve une fois de plus combien notre vieille méthode de la contrainte et de l'ennui, qui fait la base de notre pédagogie comme de nos maisons de détention, est inférieure à la méthode de la liberté et de l'attrait par le plaisir. Nous comprimons les passions et noûs ne trouvons plus qu’une statue, alors que ces passions sont la seule nrise qu’on ait sur l’humanité! Mais ce sont là des choses qui ne se décrètent pas. Jamais uue bureaucratie d’habitudes et d'éducation cléricales .ne mettra cela dans ses cartons |

Distribution des richesses. — Commerce. — L'échange des marchandises contre l’argent monnayé n’est pas son but réel. — Erreur de la balance du commerce. — Dangers de la protection. — Les routes et les télégraphes jouent, dans l’organisme social, le même rôle que les vaisseaux et les nerfs dans l’organisme animal. — Les tarifs douaniers jouent le rôle de ligatures sur le chemin de la circulation animale. — Les contrebandiers représentent la circulation collatérale.

Il ne faut pas confondre la richesse d’une nation avec la richesse ou la pauvreté de ses citoyens. Comme l’a dit Droz, avec raison, € ne prenons pas les richesses pour but ; elles ne sont que le moyen, leur importance résulte du pouvoir d’a-

paiser les souffrances, et les plus précieuses sont celles qui servent au bien-être d’un plus grand nombre d'hommes. Le bonheur des États dépend moins de la quantité des produits que de la manière dont ils sont répartis. » — « Aucun pays, ajoute-t-il, n’est aussi remarquable que l’Angleterre sous le rapport de la formation des richesses. Mais, en France, leur distribution est meilleure, et je conclus qu'il y a plus de bonheur en France qu’en Angleterre. » C’est là en effet une des causes qui font que le paupérisme est plus grand en Angleterre qu’en France et c’est précisément cette division des produits consécutive à la division de la propriété sous toutes ses formes, qui est le côté le plus remarquable peut-être, au point de vue social, qu’on puisse étudier dans la Révolution française.

La fortune d’une nation ne se mesure cependant pas uniquement à la répartition des produits ; elle se mesure à son commerce : or, ici encore, 1lestindispensable qu’une évolution s’âccomplisse, pendant la vie d’une nation, dans la manière même dont s’y fait le commerce et dans la conception qu’on s’y fait du rôle des commerçants. |

Le commerce primitif se faisait par voie d'échange direct. Encore aujourd’hui, dans le Soudan, on troque un chameau contre une dalle de sel ou contre un certain nombre de mètres de cotonnade. Plus tard, la monnaie devint le symbole de l’échange ; plus tard enfin, le symbole, qui était ie moyen, finit par être considéré, bien à tort, mais par beaucoup d’esprits, comme le but : alors celui qui échange un sac de blé contre une pile d’or ou d'argent semble seul faire une bonne affaire, tandis que celui qui donne la pile d’or contre un sac de blé semble en faire une mauvaise, puisqu'il s’est démuni de son métal. C’est sur cette conception fausse que fut basée pendant si longtemps la fameuse balance du commerce, en vertu de laquelle une nation devait importer davantage qu’elle exportait. Maloré les efforts d'Adam Smith pour arracher cette idée funeste de la tête des commerçants, beaucoup de gens s’imaginent encore

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