DURÉE DU SERVICE MILITAIRE
s’agit ici d’une population préalablement triée par les conseils de révision, d’une population dont on a éliminé non seulement tous les phtisiques, mais encore tous ceux qui semblaient susceptibles de le devenir. Ainsi, l’étroitesse de la poitrine étant, à bon droit, regardée comme le signe d’une prédisposition à la phtisie, on élimine en Angleterre tous les hommes dont le périmètre thoracique mesuré aux mamelons ne dépasse pas la demi-taille d’au moins 2 centimètres, si Pindividu mesure 1%,60, et de 3 centimètres, si le sujet n’atteint pas la taille de 1",60; on élimine de même, en Autriche, tout homme dont le périmètre thoracique ne dépasse pas la demi-taille de 2? centimètres et demi; la même règle est suivie en Prusse depuis 1855; en France, cette appréciation est laissée au jugement du médecin. Eh bien, malgré ce triage, maloré cette sélection préalable, on observe cependant, chez ces jeunes gens de choix, une mortalité par phtisie très supérieure à celle que présente la population civile du même âge, dans laquelle ont cependant été refoulés les non-valeurs : dans l’armée française, par exemple, tandis que le nombre des hommes réformés par les conseils de revision est en moyenne de 0,72 pour 1.000, le nombre des soldats qui meurent phtisiques ou qui sont renvoyés du régiment pour cause de phtisie est de 4,55 pour 1.000, alors que dans la population civile du même âge le nombre des décès par phtisie est de 4 pour 1.000. Le nombre des décès où renvois pour cause de phtisie est de 7,82 pour 1.000 dans l’armée anglaise. Qu'on remarque, je le répète, la valeur de ce chiffre, qui d’une manière absolue n’est pas beaucoup supérieur à celui de la population civile, mais qui prend une valeur relative considérable chez une population préalablement triée. |
Les notions qu’on possède aujourd’hui sur le caractère microbien de la phtisie, sur la transmission des bacilles par l’air et sur la contagion très réelle de la tuberculose, expliquent suffisamment ce résultat, qui est d'autant plus manifeste que les hommes vivent plus près les uns des au-
tres, autrement dit que l’encombrement est plus considérable : c'est pour cette raison que la phtisie fait moins de ravages chez les troupes campées que chez celles qui sont casernées ; c’est pour cette raison qu’il y a des casernes qui semblent imprégnées de bacilles : telie que celle de la Cité signalée par le D' Landouzy, où le nombre des soldats de la garde républicaine atteints de tuberculose a été de 15,18 pour 1.000 en 1880 et de 23,07 pour 1.000 en 1881. La répartition de la tuberculose, suivant l’arme à laquelle appartient le soldat, est en rapport avec cette donnée : dans les casernes d'infanterie, où l’encombrement est plus considérable, puisqu'il n’y a point ici de chevaux ni de voitures à loger, et qui n’ont point de grandes cours comme les casernes de cavalerie, la mortalité était en 1845 de 7 pour 1.000 ; l'artillerie qui, elle, a besoin d’espace pour faire évoluer ses canons, ses caissons et loger ses chevaux, présentait une mortalité par phtisie de 4,6 pour 1.000. |
La mortalité par phtisie sévit, en outre, dans les différents corps, à proportion de l'exercice que prennent les hommes. Aïnsi, en 1845, alors que les chasseurs d'Orléans faisaient des exercices spéciaux, leur mortalité par phtisie était de 1 pour 1.000 ; aujourd’hui encore les pompiers ont une mortalité par phtisie inférieure à celle de l’infanterie, 6 pour 1.000 au lieu de 7, mais supérieure cependant à celle de la cavalerie.
La maladie sévit en outre en proportion de la durée du service militaire : en Angleterre, là où l’infanterie présente une mortalité phtisique de 10,2 pour 1.000, les gardes, tous vieux soldats, ont une mortalité de 13 pour 1.000. — A Paris, la garde républicaine, recrutée parmi les soldats ayant déjà servi, présente une mortalité par phtisie de 10,66 pour 1.000, au lieu de 7 pour 1.000 comme l'infanterie, nouvel argument et considérable ex faveur de la diminution de la durée du service militaire.