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PRÉFACE. XV

. minait pas par celle des seuls modificateurs de cet orsanisme, des seuls moyens que nous ayons pour agir sur les éléments anatomiques déjà formés, Je veux dire les citoyens adultes, et pour préparer et diriger dans la bonne voie les éléments qui, dans le renouvel-

. lement incessant de l’organisme social, viennent au jour pour remplacer ceux qui disparaissent, je veux dire les enfants. Ces deux moyens sont les Lors et l'Éducation, auxquelles sont consacrés les deux der-

niers chapitres.

DIESEL ORDIER;:

Paris, avril 1887.

LA

C'HOCPAER EST

Le milieu. — Fatalité de son action. — La science sociale. — Définition du milieu social. — Association. — Ses avantages. — Division du travail. — Polymorphisme fonctionnel. — Solidarité. — Unité. — Formation d’un organisme par voie d’association de plusieurs organismes rudimentaires. — Colonies animales.

Lorsqu'un morceau de fer se trouve exposé à l'air humide, la moindre notion de chimie permet de prévoir qu’il s’oxydera : si l’on connaît son volume exact, celui de l’air qui l’entoure ; si l’on tient compte du degré d'humidité, de la température et de toutes les conditions physiques faites à ce fer et à cet air ainsi mis en présence, ou pourra prédire exactement quelle sera, dans un moment donné, la quantité d’oxyde de fer qui aura pris naissance, quels changements se seront produits dans le minéral, quelles modifications corrélatives seront survenues dans la composition de l’air mis en cause. — Pour désigner d’un mot les destinées de ce morceau de fer, l'écrivain qui prendrait la peire de s’en occuper et qui se proposerait d'en faire l’histoire, dirait que le fer subit l’influence du milieu.

L'homme n'échappe pas plus que la matière inerte à cette

influence du milieu : il lui est même soumis plus étroitement, parce que la complication, la finesse et la mobilité de son organisation offrent plus de prises. Son devenir est aussi intimement, aussi fatalement lié aux conditions physiques qui l’entourent, que le devenir du morceau de fer l’est aux conditions du volume d’air qui va l’oxyder. Sa volonté est aussi impuissante à empêcher cette action, que le serait celle du fragment métallique. — Je ne parle pas ici seulement de l’homme isolé : ces considérations s’appliquent également aux sociétés humaines, et celui qui connaîtrait les lois de la science sociale, comme nous connaissons celles de la chimie, pourrait prévoir, avec une certitude mathématique, les modifications que chaque société humaine doit attendre du milieu où elle évolue. — Mais cette science sociale nous ne la connaissons pas encore. Nous savons seulement qu’elle existe et que, suivant l’expression de J.-B. Say, ses lois seulement entrevues « gouvernent ceux qui gouvernent les hommes. »

L'objet de ce livre n’est pas d’ailleurs d’étudier toutes les conditions de milieu qui modifient les sociétés : Ze milieu social ne compreud pas l’ensemble de toutes les conditions de la vie humaine ; je donne ce nom uniquement à l’influence exercée sur chaque homme par la présence des autres hommes autour de lui. D’une manière générale le milieu social, dans la

nature, est l’ensemble des conditions qui sont faites à chaque être par la présence autour de lui d’autres êtres plus ou moins semblables à lui.

Prenons un exemple au dernier descré de l'échelle animale ; choisissons une des plus petites masses protoplasmatiques qui existent dans la nature comme entité vivante, la monère : à un moment donné de son existence cette monère, atome microscopique, se divise en deux et il existe alors deux monères ; chacune d'elles en fait à son tour autant et l’on se trouve enfin en présence d’un groupe plus où moins considérable, d’une société plus où moins importante de monères. Les conditions ne sont plus alors les mêmes pour chacune de

ASSOCIATION. K ces monères, qu'à l’époque où il n’existait qu’une seule d’entre elles : le fait d’avoir des voisins, de vivre en société a constitué pour chacun de ces êtres infimes un milieu nouveau, le milieu social, qui agira sur ses destinées d’une manière fatale et en quelque sorte mathématique.

Restons un instant devant ce petit monde et étudions sur lui, comme en miniature, l’action du milieu social, car les lois sont les mêmes de bas en haut de l'échelle biologique : Sous la sollicitation du voisinage chaque monère émet au-devant de celles qui l’entourent, des sortes de tentacules, des pseudopodes, qui lui servent également à se mouvoir, mais par lesquelles les monères associées s’attachent les unes aux autres, de manière à former, par la réunion de milliers d’êtres microscopiques, ces masses parfois considérables et en quelque sorte illimitées, que Le savant naturaliste Haeckel a découvertes dans les obscures profondeurs des océans : tels sont le Hyxodictyum sociale et le Bathybius Heæckeli. — Les avantages de cette simple association sont faciles à prévoir : on voit aisément, grâce à la transparence de chacune de ces monères, les molécules vertes de chlorophyle qui lui ont servi de pâture, passer d’une monère à la voisine à travers les tentacules qui les unissent. Il résulte de cette communication, de cet échange de matériaux nutritifs, que, dans cette colonie naissante, tout citoyen qui mange contribue à nourrir la s0ciété tout entière ; les corps qui servent à l’alimentation des associées, ont d’ailleurs d'autant plus de chances d’être capturés par l’une d'elles au profit de toutes, que le filet constitué par l’association traînera ou flottera plus-large au sein des flots : la diminution du travail individuel et l’accroissement du périmètre de pêche sont déjà les premiers effet du milieu social.

Les avantages de l’association se retrouvent dans la nature entière, depuis ces roches dites poudinques, qui, constituées par un agglomérat de matériaux réunis l’un à l’autre, offrent aux agents de destruction une résistance dont aucun des maté-

riaux qui les composent ne serait capable, s’il était seul, jusqu'aux plantes sociales, jusqu'aux troupeaux d'animaux sauvages, jusqu'aux premiers groupes humains eux-mêmes. Il est des plantes qui prennent d'autant plus de développement individuel, que côte à côte avec leurs semblables elles couvrent une plus grande étendue de terrain : un grand nombre sont fécondées principalement par intermédiaire des insectes, qui, tout en butinant, transportent avec leurs pattes inconscientes le pollen des fleurs mâles sur les fleurs femelles ; celles-là attirent plus sûrement leurs auxiliaires, lorsqu'elles forment un large tapis coloré, que si un seul individu végétait isolé; la même disposition sociale attire également les animaux herbivores : Ces derniers viennent, il est vrai, dans la colonie végétale détruire des milliers d'individus, qui sont pour eux un excellent fourrage ; mais l’herbivore ne s’en va pas sans laisser un engrais, qui profitera plus tard à la collectivité ; Or qu'importent les individus dans ces sociétés rudimentaires, où le socialisme est la loi? Les premiers groupes humains, comme les troupeaux d’animaux sauvages, ne trouvèrent-ils pas euxmêmes des avantages pour la lutte contre les animaux redoutables, comme pour la capture de ceux qui sont plus craintifs, dans les ébauches d’une première communauté ou plutôt d’un communisme primitif ?

Le milieu social, tel que nous venons de le décrire, n’apporte pas encore de bien grandes modifications dans la structure des individus soumis à son influence. Il n’y a point encore, dans ces sociétés, de division du travail; chaque membre de la colonie est égal et équivalent à tout autre membre de la même colonie ; aucun n’a pris pour lui une fonction spéciale, qui le rende indispensable à ses associés ; Il n’existe donc aucune solidarité entre ces êtres ajoutés l’un à l’autre, mais non fédérés par quelque spécialité acquise par chacun pour satisfaire aux besoins de tous.

Un degré de plus dans l’association nous montre la division du travail conduisant à une distribution en quelque sorte

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