‹ La vie des sociétésChapitre 15 sur 208 · DIVISION DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

DIVISION DU TRAVAIL

professionnelle des individus, qui étaient d’abord tous semblables entre eux, mais qui changent de forme au fur et à mesure des exigences organiques de leur fonction. C’est ainsi que la division du travail amène le polymorphisme des individus. L’hydre d’eau douce est un animal extrêmement simple, constitué par un petit sac en forme de corolle, dont le pourtour est garni de cils vibratiles, destinés à entraîner dans Ia cavité du sac les corps étrangers, qui y seront digérés. C’est là tout l’animal. Le polype hydraire est un autre animal, qui, lui, résulte de l’association de plusieurs hydres. Mais chacune des associées qui composent le polype hydraire, au lieu de vivre comme l’hydre solitaire, se spécialise dans sa fonction et prend une forme propre : l’une renonce à digérer les aliments ; elle se borne à pêcher le gibier, et, comme la forme du sac ne lui est plus utile, elle s’allonge sous la forme d’une tentacule, qui, comme un doigt, s’étend à la recherche d’une proie ; d’autres hydres ne s’occupent que de la reproduction ; elles prennent une forme renflée, en bouteille, propre à recéler les œufs ; d’autres, renonçant à la reproduction comme à la chasse, ne s'occupent que de digérer et exagèrent la forme en ampoule de l’hydre solitaire primitive. Or, comme toutes ces hydres associées et réunies sont wries sur un pédicule commun, elles sont solidaires : l’hydre qui pêche, le fait au profit de celle qui digère et de celle qui reproduit ; elles-mêmes digèrent et reproduisent au profit de la communauté tout entière. Le polype hydraire est en somme un seul et unique animal formé par l’association de plusieurs hydres solitaires, qui, renonçant à vivre seules pour mettre leurs efforts en commun, ont revêtu des formes en rapport avec la fonction spéciale qu’elles remplissent dans la communauté. Cette association donne à la colonie animale, à l’animal unique qui en résulte, un aspect dans lequel le naturaliste a quelque peine, au premier abord, à reconnaître la forme primitive des hydres composantes, mais où le philosophe n'en reconnaît pas moins les effets de la division du travail et de la solida-

rité, qui fait d’associés, jadis séparés, un organisme désormais unique. Les hydractinies pourraient nous fournir un exemple analogue. M. Edmond Perrier, dans son beau livre sur les Colonies animales, a largement exposé cette doctrine, qui jette un jour si puissant sur la formation des organismes complexes par voie d’association d'organismes rudimentaires.

Tous les organismes, même celui de l’homme, sont en réalité une véritable colonie d'organismes rudimentaires, de cellules, qui pourraient vivre isolés, comme le font encore beaucoup de leurs semblables, mais qui ont renoncé à l’indépendance, pour prendre, dans l’organisme unique résultant de leur association, le rôle d’éléments anatomiques. L'association a amené la

division du travail et la spécialisation des formes en rapport

avec la fonction. La solidarité en est résultée, et l’uxité de la colonie est la conséquence finale.

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