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par an! Le mercure émet, on le sait, à la température

et à la pression ordinaires, des vapeurs très sensibles. Hermann de Vienne rapporte même qu’aux environs d’Idria, où sont les mines les plus importantes de mercure avec celles d’Almaden, les bestiaux eux-mêmes présentent de la salivation mercurielle. Les étameurs de glaces sont exposés de leur côté aux mêmes dangers : salivation, tremblement, troubles

cérébraux graves. Les Yeuristes sont également forcés de ma-

nier le sulfure, le biiodure et le chromate de mercure ; les ouvriers chapeliers, qui feutrent et préparent les poils de lapin, de castor, sont très exposés aux poussières et aux vapeurs mercurielles, qui déterminent chez eux les accidents les plus graves : salivation, tremblement, convulsions, etc.

Sur cette liste interminable doit encore figurer l’arsenic, qui intoxique ceux qui le préparent aussi bien que ceux qui emploient ses nombreux composés colorés : vert de Scheele, vert de Sehuweinfurt, les fabricants d'herbes naturelles pour les chapeaux, les fabricants de feuillages artificiels.

Le phosphore est, on le sait, chez les ouvriers qui le manient, l’origine de ces terribles nécroses du maxillaire qui les défigurent et les font périr à la suite d’une longue suppuration osseuse. L’hygiène à néanmoins enseigné le moyen de rendre ces accidents plus rares.

Il faudrait encore ici mentionner la benzine, la nitro-benzine, la fuchsine, l'aniline ; il faudrait ajouter le sulfure de carbone, qui rend impuissants les ouvriers qui le manipulent.

Il faudrait encore citer ici les conditions sociales et matérielles des mineurs, conditions plus pernicieuses par ellesmêmes que les explosions du grisou, etc.

Consommation de vies humaines par l’industrie. — La science, — L'hygiène. — Préjugés. — Imprévoyance. — Inutilité des prescriptions af-

fichées en style administratif.

Nécessité de modifier les procédés de fabrication dangereux. — Heureux résultats déjà obtenus pour le phosphore dans la fabrication des allumettes ; pour le plomb ; par la substitution des verts non arsenicaux

aux verts arsenicaux; par celle de la mélasse au mercure dans le $ecretage de la chapellerie.

Accidents de machines. — Préservatifs. — Désembrayage instantané. — Le nombre des accidents de machines est en raison inverse de l’âge des ouvriers. — Il est facile de diminuer le nombre des accidents de chaudières. — Assurance des patrons contre les accidents de leurs ouvriers. — Ses inconvénients. — Questions de responsabilité. — Supériorité des associations comme celles de Mulhouse, de Rouen et de Paris. — Diminution du nombre des accidents. — Liberté de l’assurance.

J’arrête ici cette énumération fort incomplète de tous les accidents professionnels. Elle suffit pour montrer que tous les objets qui nous entourent, qui ornent nos demeures et font partie de nos habitudes quotidiennes, sont faits de vies humaines, usées à les extraire, à les préparer, à les transformer. Si pour l’hygiéniste il y a là un sujet d’études de la plus haute importance, il y à pour le sociologiste matière à de profondes réflexions! La science de l'hygiène peut, au moins, se rendre cette Justice, que si la sociologie n’a encore fait que peu de chose pour améliorer les conditions du travail dans tant de professions manuelles, elle, au moins, cherche et souvent trouve le moyen d’épargner la vie humaine dans celles qui sont le plus insalubres.

C’est elle qui à inspiré toutes les circulaires successives qui enjoignent aux patrons de pallier, autant que possible, les conditions dangereuses du travail de leurs ouvriers et qui enseignent surtout à ces derniers les moyens propres à éviter les intoxications.

HYGIÈNE DU TRAVAIT. 201

Malheureusement les patrons font afficher la circulaire dans un coin de l’usine et personne n’y pense plus. Quant aux ouvriers, ils regardent volontiers les prescriptions de l’hygiène qu'on leur recommande comme autant de préjugés particuliers aux gens qui ne connaissent pas le métier : ainsi dans beaucoup d'ateliers, où existent des poussières ou des vapeurs toxiques, on à conseillé l’emploi d’un masqu : protecteur ou d’un voile ; mais les ouvriers, par fanfaronnade et par suite de ce préjugé qui fait confondre l’imprévoyance avec le courage, refusent de s’en servir; dans une usine de New-York, où l’on prépare de l’oxychlorure de plomb, les ouvriers ont quitté l’usine, parce qu’on voulait les obliger à prendre des bains sulfureux , qui constituent cependant un moyen e‘cace pour retarder, diminuer ou même empêcher l’empoisonnement par le plomb. L'usage du lait avait été également recommandé aux ouvriers, comme propre à empêcher l’absorption du plomb : on a voulu les mettre au régime lacté dans les cristalleries, mais ils s’y sont refusés et ont remplacé le lait par de l’alcool, qui ne fait que hâter l’absorption du plomb et la rendre plus dangereuse.

De tout ceci 1l résulte que les prescriptions par voie d’affiche, où on engage le patron à s’astreindre à telle ou à telle formalité, l’ouvrier à suivre tel ou tel régime, sont inutiles : l’idée qui dicte ces prescriptions est souvent bonne ; mais une fois qu’elles ont passé par les bureaux d’une administration à prétentions centralisantes, une fois traduites dans ce style incompréhensible, dont certaine affiche collée dans les tramways de Paris pour défendre aux voyageurs de se faire écraser donne le type, elles sont vexatoires, passent au moins pour telles et deviennent par suite inutiles.

Il n’y a de vraiment efficace que les découvertes qui modifient la fabrication en la rendant moins malsaine et que les conférences faites aux ouvriers pour les leur faire connaître.

C’est ainsi que la nécrose phosphorée du maxillaire a disparu des ateliers de fabriques d’allumettes, depuis qu’on neu-

tralise les vapeurs du phosphore par celles de l'essence de térébenthine contenue dans une petite boîte suspendue au cou de l’ouvrier, depuis surtout qu’on emploie le moins de phosphore possible et qu’on confie à des machines toutes les phases dangereuses de la manipulation autrefois accomplies par la main de l’homme.

Le plomb lui-même est rendu moins dangereux, depuis qu’on a recours à une large ventilation, à l'emploi d'appareils clos et à la fabrication par voie humide ; mais le plus grand service que puisse rendre la science, c’est de supprimer le plomb : c’est ainsi que depuis que M. Constantin (de Brest) a trouvé un émail non plombifère, l'emploi exclusif de ce vernis inoffensif tend à se généraliser; dans la peinture, le blanc de zinc tend également de plus en plus à se substituer au blanc de plomb. C’est de même qu'aux verts connus sous les noms de cendres vertes, vert de Vienne , vert minéral, vert môtis, vert Paul Véronèse, vert anglais, on cherche maintenant à substituer des verts non arsenicaux (weré milory, de Prusse, de chrome, outre-mer vert).

Les ouvriers qui manipulent les substances ainsi colorées trouveraient des conditions de travail nouvelles, qui cesseraient de les empoisonner; mais ceux qui fabriquent ces verts n’évitent, eux, les dangers de l’arsenic que pour tomber sur un autre poison, sur les vapeurs, variables suivant la fabrication, d'acide sulfhydrique, chromique où même cyanhydrique.

L'emploi de mercure dans la chapellerie pour le secretage disparaîtra bientôt, le jour où l’on aura fait disparaître les quelques inconvénients de fabrication que présente encore le procédé de secretage sans danger imaginé par le D' Hillairet : ce procédé, qui consiste à remplacer le mercure par l’inoffensive mélasse, a été expérimenté pendant un an sur une large échelle et a donné les meilleurs résultats : d’après le calcul du D' Hillairet, on soustrairait ainsi à l’empoisonnement mercuriel plus de 10.000 ouvriers en France et plus de 25.000 en Europe. |

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