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LA VAPEUR D'EAU

houille et la vapeur d’eau sont aujourd’hui les grands pourvoyeurs de force et les forêts des siècles écoulés mettent à sa disposition la chaleur emmagasinée sous les rayons que le soleil, alors dans sa jeunesse, dardait sur la terre il ÿ à des milliers d'années. En 1880, on estimait, dit M. Bourdeau, la production de la houille à 360 millions de tonnes pour l’ensemble des pays civilisés : s’il faut même croire les prévisions de Brongniart en France, de Bronn en Allemagne et d’Armstrong en Angleterre, l’industrie aurait, en continuant cette allure, épuisé dans deux siècles toute la provision de houille actuellement connue sur le globe. Une foule de substances chimiques composées par l’homme mettent en outre dans ses mains des forces redoutables, la poudre à canon, la nitroglycérine, dont la force explosive est à celle de la poudre comme 10 est à 4, la dynamite, la panclastite, aussi supérieure à la dynamite que celle-ci l’est à la poudre. C’est avec la dynamite que les Américains ont fait sauter récemment, dans l’East-River de New- York, le rocher de Hallet’s, qui cubait 43.000 mètres ; il à suffi d’une seconde et de 23.000 kilogrammes de dynamite pour pulvériser le rocher et lancer des colonnes d’eau à 40 mètres de hauteur. La métinite, 1 a roburite dépassent aujourd’hui cette puissance.

Mais c’est surtout l’eau réduite en vapeur, qui constitue à notre époque la force la plus puissante et la plus facile à graduer comme à manier : à 100° elle ne représente encore qu'une pression de 1 kilogr. par centimètre carré, mais à

+ 181° elle représente déjà, pour la même surface, une pression de 10 kilogr. et une de 1.033 kïlogr. à + 516°. Arrivée à ce chiffre, la pression de la vapeur d’eau ferait équilibre à 1:700.000 atmosphères. (Bourdeau.) ;

- Aussi l’invention des machines à vapeur fut-elle équivalente à une multiplication instantanée et colossale du nombre des travailleurs : en 1810 l’Angleterre ne comptait que 5.000 machines à vapeur ; en 1849 elle possédait 108.113 machines fixes, dont le travail équivalait à celui de 30 millions d'hommes,

chiffre que sa population totale n’atteignait pas à cette époque ; en 1865 elle employait, tant dans les usines, mines et manufactures que sur les chemins de fer, 3.650.000 chevaux-vapeur ; or 1 cheval-vapeur égalant 3 chevaux vivants où 21 hommes, cela équivaut à la force que donneraient 11 millions de chevaux vivants ou 77 millions d'hommes! En 1878 les forces-vapeur de l'Angleterre équivalaient au travail de 100 millions d'hommes.

C’est donc une véritable conquête d'hommes, bien supérieure à celles d’un Touthmès rentrant en Égypte eu poussant devant son char une longue file d'esclaves enlevés chez des peuples divers ; « nos machines si variées de forme et d’emploi représentent l’équivalent d’un règne nouveau, intermédiaire entre les corps bruts et les corps vivants, qui a la passivité des uns, l’activité des autres et les exploite tous à notre profit. Ce sont des contrefaçons d’êtres animés, capables d'imposer à des substances inertes un fonctionnement régulier. Leur ossature de fer, leurs organes d'acier, leurs muscles de cuir, leur âme de feu, leur souflle haletant de vapeur ou de fumée, le rythme de leurs mouvements, parfois même leurs cris stridents ou plaintifs, qui expriment l'effort et simulent la douleur, tout contribue à leur donner une animation fantastique, fantôme et rêve d’une vie inorganique.. Ces créatures dont la force égale la docilité, nous avons en elles des légions d’esclaves robustes, infatigables, d'une agilité, d’une adresse merveilleuses, dont nous pouvons abuser sans scrupule et entendre les gémissements sans remords (1). » | = Qu'on songe à tout ce qu’il faudrait de bras humains pour

percer l’isthme de Suez, creuser le Mont-Cenis ou couper l’isthme de Panama, alors que pour faire ces travaux, plus considérables que ceux où les Égyptiens employaient des centaines de mille hommes, il suffit avec les machines à vapeur de quelques centaines d'hommes! Une Wull-Jenny fait le

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(1) Louis Bourdeau, op. cit.

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