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LES MACHINES

travail de 500 bonnes fileuses du siècle passé, et Michel Chevalier à calculé que, si tout le coton filé dans une année, en Angleterre, l'avait été à la main, il n’eût pas fallu moms de 91 millions d’ouvrières. Avec le métier circulaire à tricoter une femme fait 480.000 mailles par minute et fait l’office de 6.000 ouvrières à l'aiguille. Les machines, en un mot, ont plus fait que tous les philosophes pour rendre l’esclave impossible, puisqu'elles le rendent inutile ; Aristote, le plus grand esprit de l’antiquité, avait prévu cette conséquence en disant : « Si un outil pouvait pressentir l’ordre de l'artisan et l’exécuter, si la navette courait d’elle-même sur la trame, l’industrie n’aurait pas besoin d'ouvriers ni le maître d’esclaves. » Le rêve d’Aristote est devenu réalité.

C’est précisément cette concurrence apparente, cette substitution de la machine à l’homme, qui fit, au premier abord, et fait encore parfois l’objet des plaintes des ouvriers : les /wWdistes sont, après tout, excusables de n’avoir pas compris le rôle des machines, de les avoir traitées en concurrents et de les avoir brisées, quand on voit Montesquieu déclarer : « Si les moulins à eau n'étaient pas partout établis, je ne les croirais pas aussi utiles qu’on le dit, parce qu’ils ont fait reposer unc infinité de bras ». |

Tous ces contempteurs des machines oublient qu’elles occupent plus d'ouvriers que ne faisaient les anciens métiers à la main qu’elles ont remplacés. En 1769, avant l’invention du métier à filer, l'Angleterre ne comptait que 5.200 fileuses au rouet et 2.700 tisseurs. En 1833 les filatures occupaient 237.000 ouvriers ou ouvrières ; il y avait 250.000 tisseurs, soit en tout 487.000 ouvriers, nombre qui en 1845 s'élevait à 800.000. L'abbé Grégoire, au nom de la Convention, avait déjà défendu les machines contre les attaques injustes dont elles étaient l’objet : « C’est, disait-il, avec surprise qu’on voit encore des gens prétendre que le perfectionnement de l’industrie et la simplification de la main-d'œuvre entraînent des dangers, parce que, dit-on, ils ôtent les moyens d'existence à beaucoup

d'ouvriers : ainsi raisonnaient les copistes, lorsque l’imprimerie fut inventée ; ainsi raisonnaient les bateliers de Londres, qui voulaient s’insurger, lorsqu'on bâtit le pont de Westminster. Faut-il donc un grand effort de génie pour sentir que nous avons beaucoup plus d'ouvrage que de bras, qu’en simplifiant la main-d'œuvre on en diminue le prix et que c’est un infaillible moyen d'établir un commerce lucratif! » Ce qui n’a pas empêché de nos jours Sismondi et Proudhon de s’élever contre les machines, par suite d’un raisonnement analogue à celui que faisaient beaucoup de gens qui regardaient l'exécution des chemins de fer comme le signal de la ruine de l’industrie chevaline en France. Or 1l est démontré que le nombre des

chevaux employés dans un pays est d’autant plus considérable | que ce pays compte plus de kilomètres de voie ferrée ; les chemins de fer augmentent le commerce, celui-ci augmente la fréquence des transports ; tous les moyens de traction ou de locomotion reçoivent donc une excitation parallèle. Non seulement les machines ne sont pour rien dans la crise dont se plaint aujourd’hui l’industrie ; mais une des causes de cette crise, en France, du moins, c’est précisément l’insouciance que quelques industriels, comptant sur la protection douanière, mettent à tenir leur outillage au courant des progrès :il faut, et on l’a assez répété depuis quelque temps, que la France se décide à transformer son outillage ; ce qui nous semble être une crise n’est en somme que la conséquence d’une transformation apportée chaque jour dans le milieu social par les progrès constants de la science. Il faut suivre nos voisins dans ce mouvement ; car, dans une colonne en marche, il faut tenir pied, sous peine d’être bousculé, de tomber, et de créer sur Ja route une obstruction qui fera tomber ceux qui viennent dernière nous! Malheureusement 1l est un mot bien juste, qui à été dit par Michel Chevalier : « En France, nous sommes le peuple le plus audacieux dans l’ordre des idées et des théories ; mais nous sommes le peuple le plus timide en fait de réalisation matérielle. » C’est bien l’impression qu’on éprouve

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