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LA RÉFORME+DE L'OUTILLAGE

à la lecture du rapport de M. Lourdelet, chargé d'étudier l’outillage de l'Amérique et de le comparer au nôtre! Il signale dans ce rapport l’installation confortable et toute scientifique des vastes ateliers pour l’ébénisterie, pour le bronze d'art, pour les fleurs artificielles et la bijouterie, qu’il a visités à New- York, comme à Boston, comme à Chicago. « Que l’industrie française, dit M. Lourdelet en terminant son rapport, « abandonne résolument ses procédés routiniers ; qu’elle se « tienne à l'affût de tous les progrès et de toutes les décou- « vertes scientifiques applicables à l’industrie ; qu’elle améliore « ou renouvelle soi outillage; que les industriels français se « soumettent à la loi commerciale moderne, qui est la pro- « duction à bon marché; qu’ils montrent plus d'initiative « ét qu’an lieu d'attendre patiemment la clientèle, ils « aillent la trouver chez elle, la solliciter par la vue, par l’ex- « pédition de leurs produits; qu’ils emploient en un mot, « en les perfectionnant pour vaincre la concurrence étran- « gère et reprendre leur supériorité, les mêmes moyens dont « la concurrence étrangère s’est servie pour les battre en « brèche. »

- Ilest d'autant plus nécessaire de ne pas se laisser attarder qu’une révolution apparaît dans l’outillage industriel : des forces, nouvelles comme applications, vieilles cependant, car elles nous entourent et nous les laissons perdre tous les Jours, sont appelées à seconder sinon à remplacer la vapeur. Il y a mieux : nous sommes à la veille de voir ces forces divisibles à l'infini cireuler comme une véritable monnaie, se transmettre, être prêtées, retirées, jouer en un mot le rôle d’une véritable valeur mobilière et échangeable.

Les vents, les cours d’eau, les marées, représentent en effet à la surface de la planète une somme énorme de forces, qui n’est pas utilisée et qui ne coûterait que la peine de la capter : sans sortir de notre pays, le Doubs pourrait fournir une force de plus de 191.000 chevaux et on n’en utilise que 9.600. Le Rhône, qui tombe d’une hauteur de 1.700 mètres et dont

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le débit normal est de 1.000 mètres cubes par seconde, n’est qu'à peine utilisé comme force motrice.

Le barrage du Port-à-l'Anglais, près Paris, représente par jour une somme de 3.000 chevaux-vapeur, qu’on n'utilise pas ; le Niagara représente une somme de 3 millions de chevauxvapeur, que les Américains, eux, cherchent actuellement utiliser. Quant à la marée, elle constitue, sur toutes les côtes, un réservoir inépuisable de forces considérables. Qu’on ajoute à tous les grands cours d’eau les innombrables petits torrents de nos Alpes, et l’on verra quelle somme énorme de forces motrices est prête à entrer en chantier, le jour où une main habile saura la manier.

Or les expériences sur la transmission de la force semblent aujourd’hui assez avancées pour permettre de regarder le problème comme résolu : toutes ces forces peuvent être maintenant transformées en électricité par une machine Gramme ; cette électricité peut être, à son tour, transformée en mouvement par une autre machine Gramme réversible. Entre ces deux machines peut régner un espace considérable parcouru par un fil, qui transmettra de la première machine à la seconde l'électricité produite au départ par le mouvement transformé et convertie de nouveau en mouvement à l’arrivée. Déjà on à réussi à transporter de petites forces à de petites distances (1). En 1873 M. Fontaine a pu faire marcher une pompe distante de un kilomètre avec la force empruntée à un moteur à gaz et transportée par fil sous forme d'électricité. En 1877 des officiers d'artillerie, dans les ateliers du musée d’artillerie, ont pu faire fonctionner une machine à diviser placée, dans un pavillon isolé, à 60 mètres de la machine motrice. Une expérience analogue a été faite à la sucrerie Sermaize : la force de la machine à vapeur de la sucrerie a été transportée en plein champ et a fait marcher une charrue; avec la même force dans les domaines de l’usine on bat le grain ; elle est

(1) Henri de Parville, L’ Électricité et ses applications.

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