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INFLUENCE DE LA CONDITION RESPECTIVE DES SEXES SUR LE MILIEU SOCIAL

Évolution dans les rapports réciproques des deux sexes. — Beaucoup de nos usages portent la marque de cette évolution. — La famille n’est pas la base de l’ordre social. — La mère est le seul élément fondamental de ce qui sera la famille. — Influence de la lenteur du dévelopment de l'enfant sur la production de l'amour maternel par voie de sélection.

Si le milieu social est profondément modifié par les conditions de richesse ou de pauvreté, par celles du travail, comme par le fait même du séjour des hommes dans les villes ou dans les campagnes, il ne l’est pas moins, il l’est même plus profondément encore, par la facon dont l’usage ou les lois règlent les rapports des sexes ; car ces usages et ces lois n’influencent pas seulement les individus adultes qui s’y soumettent ou les violent; ils agissent sur les enfants, dont la santé, la durée de vie, le sexe même et surtout le nombre se trouvent modifiés. C’est pour cette raison que les usages relatifs à la famille ou à l’union des sexes occupent dans nos lois une place si considérable. -

Encore ici les peuples le plus civilisés ne sont Ds à l'état qui est actuellement le leur que par une lente évolution, dont le point de départ a son image dans l’organisation contemporaine de bien des populations échelonnées à des degrés divers de civilisation et dont le souvenir même reste en-

core, à l’état de superstition, d'opinion reçue, dans plus d'une de nos coutumes plus où moins symboliques.

Le mot famille joue généralement un grand rôle dans les déclarations de ceux qui regardent la morale comme un bloc absolu, tandis qu’elle est au contraire constituée par une série de conventions relatives, variables et passagères ; c’est cependant bien à tort.que ces prétendus moralistes représentent la famille comme la base granitique de tout ordre social : juger ainsi, c’est méconnaître le milieu social où vivent les trois quarts des habitants du globe. L’homme, comme les autres primates ses frères, s’accoupla d’abord non pas au gré de sa passion, car il n’en avait point encore, pas même suivant le caprice de l’amour, car il est des peuples inférieurs qui n’ont pas encore de mot dans leur langue pour exprimer ce sentiment; il obéissait simplement à un besoin analogue à celui qui fait manger.

Le produit de cette union passagère vient au monde incapable de se suffire et reste encore pendant de longs mois dans cette impuissance; pendant plusieurs années même il est beaucoup moins capable de vivre seul que les autres primates du même âge : la mère resta donc plus longtemps mère que ne font les autres primates ; elle dut pendant plus longtemps demeurer unie à son enfant, lui consacrer son lait, ses forces, son intelligence ; l'amour maternel se développa done en raison directe de la longueur de cette tutelle, dont il est à la fois la cause et l’effet ; la sélection a dû assurer en effet la survie des enfants dont la mère possédait ce sentiment au plus haut degré ; ils ont dû, à leur tour, hériter du même sentiment. ”

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