‹ La vie des sociétésChapitre 159 sur 208 · IT · texte numérisé non relu

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L'union du père et de la mère n’est d’abord que temporaire. — Plus tard l'enfant appartient à la tribu. — La filiation ne se fait que par la mére. — Communauté des femmes dans la tribu. — Fréquence des avortements. — Rareté des naïssances. — Les vestiges d’une antique communauté des femmes subsistent chez beaucoup de peuples. — La prostitution. — Lesbayadères. — Le mariage endogame a d’abord été regardé comme un empiètement sur les droits de la communauté. — Le mariage exogame naquit du désir de posséder une femme sans contestation. — La femme exogame fait tort aux femmes de la tribu. — Rapt des femmes. — Son simulacre s’est conservé jusque dans nos sociétés. — L'exogamie est une tare ; de là, dans certains pays, le respect de la prostitution comme signe d’une communauté qui est le propre des femmes dela tribu.

Le matriarcat précède le patriarcat. — Origine de la couvade et du cérémonial de l'adoption.

Mariage polygyne résultat de l’infériorité numérique des femmes ou de la longue durée de la lactation. — [1 diminue le nombre des enfants naturels. — Conditions sociales de la polygynie. — Augmentation du nombre des naissances féminines.

Mariage polyandre. — Ses causes. — Son infériorité au point de vue de la filiation. — Il diminue le nombre des naissances.

Mariage monogame.— Ses avantages lorsqu'il est tempéré par le divorce. |

Aussi longtemps qu’elle resta empêchée de tout autre souci par la présence de l’enfant, la mère eut besoin d’un défenseur, d’un aïde, et la sélection dut assurer la prépondérance à la mère et à l'enfant, qui ont été Le plus longtemps défendus par le père. à:

Cette trinité biologique, que nous retrouvons chez beaucoup d'animaux, est l'embryon de la famille, mais pendant longtemps elle ne dure guère au delà de la nécessité : aussitôt que l'enfant commence à moins accaparer la mère, celle-ci a moins besoin de son défenseur, qui abandonne la famille ébauchée en attendant que l’enfant parte à son tour. ;

D'ailleurs quand la tribu a été organisée et qu’un groupe

quelque peu considérable d’humains à pu vivre en association, les soins du père sont devenus inutiles: tout homme de la tribu y suffisait. L’enfant, toujours confié à sa mère pendant les premières années, ne tarda pas à se confondre au milieu des autres enfants de la tribu ; sa mère était pour lui toute la famille. |

À vrai dire, dans cette organisation il n’y a même plus l’union temporaire du couple humain; il n’y a que l’union passagère et les femmes de la tribu sont communes aux hommes de la tribu : Hérodote, Diodore de Sicile, Apollonius de Rhodes, Strabon nous apprennent que les choses se passaient ainsi chez un grand nombre des peuplades, qui dans l’antiquité entouraient le monde classique. Les galactophages de Scythie « ont les biens et les femmes en commun ; aussi nomment-ils pères tous les gens âgés, fils tous les jeunes et frères tous ceux du même âge ». En Lybie, dit Hérodote, les enfants sont exposés par leurs mères quand ils ont trois mois ; les hommes les voient et chacun reconnaît le sien.

La conséquence de cette promiscuité des femmes et la difficulté que chaque homme devait éprouver, même dans le pays où cela était l’usage, à reconnaîtreses œuvres dans un enfant de trois mois, s’est longtemps fait sentir ; elle subsiste même à une époque bien plus avancée; on la retrouve encore chez nous, où la filiation maternelle est la seule qui soit irréfutable. Les enfants n’ayant pas de père étaient élevés par la tribu, première ébauche d’une des formes de ce socialisme d'État que quelques penseurs voudraient voir revenir chez nous, bien que cependant l'existence d’une paternité légale ne lui donne plus raison d’être.

L'éducation que la tribu leur donnait ressemblait forcément à celle que l’État donne aujourd’hui aux enfants illégitimes, qui lui sont confiés : chez les enfants ainsi élevés, la mortalité est considérable, rien ne valant les soins d’une mère, surtout lorsqu'elle se sent appuyée sur le père de son enfant et secourue par lui. Cette raison, à elle seule, suffirait, au nom

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