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RAPT DES FEMMES

bétail ou en marchandises, soit en mettant ses bras ou sa lance au service de sa famille.

Dans tous les cas, en prenant femme au dehors on faisait tort aux femmes de sa propre tribu ; encore aujourd’hui, dans plusieurs pays on paye une sorte d’indemnité à la tribu, lorsqu'on prend une femme en dehors d'elle. En Dauphiné etdans plusieurs autres de nos anciennes provinces, lorsqu’une jeune fille se marie et que le mari est d’une commune éloignée de celle de sa femme, les jeunes gens du pays tendent un brin de laine en travers du chemin que doivent prendre les jeunes époux, et le mari n’emmène sa femme qu'après avoir brisé le brin de laine, surtout qu'après s’être montré plus où moins généreux.

Si d’ailleurs le rapt d’une jeune fille qu’on veut épouser ne se fait plus, le simulacre est resté et dans beaucoup de pays, après que les arrangements sont faits entre les deux familles, il faut que le jeune homme entouré de ses amis fasse le simulacre d'enlever sa femme. Le major Campbell, chez les Khonds d’Orissa, assista à un simulacre de combat livré par les jeunes filles à un jeune marié, qui emmenait sa jeune femme sur son dos enveloppée dans un manteau écarlate. On lui dit que c'était la coutume. Il en est de même dans beaucoup de tribus de l’Inde : chez les Kols, « le fiancé et une grande troupe de « ses amis des deux sexes entrent dans le village de la fiancée « en chantant, en dansant et en simulant un combat; là ils « rencontrent les amis de la fiancée, qui leur offrent l’hospita- « lité. » En Malaisie, d’après M. Bourien, «quand la tribu est « assembléeetque tout est prêt, les vieillards amènent la fiancée « auprès d’un cercle plus ou moins grand, selon la force pré- « sumée des futurs époux ; la jeune fille part la première et « le jeune homme s’élance quand elle a pris quelque avance ; « s’il parvient à l’attraper et à la retenir elle devient sa femme, « sinon il perd toute espèce de droit sur elle. D’autres fois un « champ plus vaste leur est ouvert, et ils se poursuivent à « travers la forêt. Le prix de la course n’appartient pas, selon

« les paroles de la chronique, « au plus rapide, ni au plus « fort », mais au jeune homme qui a eu la bonne fortune de « plaire à la jeune fille. » Chez les Kalmouks, « la jeune fille « monte à cheval et s'éloigne au galop. Son amant la poursuit ; « s’il l’atteint elle devient sa femme, et le mariage est immé- « diatement consommé ; après quoi elle retourne avec lui à sa « tente. Mais il arrive quelquefois que la femme ne désire pas « épouser l’homme qui la poursuit; dans ce cas elle ne se « laisse pas attraper. On nous assure qu'il n’arrive jamais « qu’une femme kalmoucke se laisse atteindre, à moins qu’elle &« n'aime le jeune homme qui la poursuit. Si elle ne l’aime « pas, elle s’élance à travers tous les obstacles, au risque de « se rompre le cou, jusqu’à ce qu’elle soit hors d’atteinte, ou « jusqu’à ce que le cheval du poursuivant, épuisé de fatigue, « lui laisse la liberté de revenir chez elle, pour se faire pour- « suivre une autre fois par quelque admirateur plus favorisé. « Chez les Tongouses et chez les Kamchadales, un mariage « n’est définitivement arrangé et conclu que quand l’amant a « violé sa bien-aimée et lui a déchiré ses habits. »

En France même Georges Sand (1) à fait le récit d’une de ces vieilles coutumes encore vivace vers 1858, dans les environs de Nohan. « Quand les parents de la mariée furent tous réunis, on ferma avec le plus grand soin les portes et les fenêtres; on alla même barricader la lucarne du grenier; on mit des planches, des tréteaux, des souches et des tables en travers de toutes les issues, comme si on se préparait à soutenir un siège. on entendit au loin des chants, des rires, des instruments rustiques : c'était la bande de l’épouseur... Les jeunes filles enfermées dans le logis s'étaient ménagé aux fenêtres de petites fentes, par lesquelles elles les virent arriver et se développer en ordre de bataille... Quand les deux camps furent ainsi en présence, une décharge d’armes à feu partie du dehors mit en grande rumeur tous les chiens des environs,

(1) Georges Sand, Za Mare au diable

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