‹ La vie des sociétésChapitre 17 sur 208 · HISTOIRE NATURELLE DES SOCIÉTÉS · texte numérisé non relu

HISTOIRE NATURELLE DES SOCIÉTÉS

un organisme unique, composé, comme tous les organismes, d'organes différents pour la circulation, pour la nutrition, pour sa défense, etc. : ces organes ce sont les commerçants, les industriels, les agriculteurs, les soldats, etc.

Comme tous les organismes, le corps social ne se développe pas de toutes pièces : il commence par être embryon, puis il évolue, passant successivement par l’enfance, la jeunesse ; il a, comme tout organisme, sa période adulte et sa fonction de reproduction d’autres organismes, qui évolueront à leur tour; la reproduction du corps social, c’est la colonisation. Il a, comme notre propre organisme, ses maladies ; mais n’a point encore de médecins, n’ayant encore eu, pour le soigner, que des empiriques et des rebouteurs. Comme tous les individus, l’individu social vieillit, se décrépit et meurt; mais pas plus que pour eux, la mort n’est pour lui la destruction complète : les atomes, qui ont formé l'individu, vont, après la mort, se grouper dans d’autres individus ; il en est de même des débris épars des nations, qui sont mortes après avoir achevé leur évolution. L’individu assure son succès et la longue durée de son évolution, en s’astreignant à certaines lois, qui constituent l'hygiène ; le corps social, la nation, a également le devoir de suivre les lois de la science sociale. L’individu doit lutter avec d’autres individus, qui cherchent à se substituer à lui, et cette lutte est même une cause de progrès pour les forts en même temps que, par sélection, elle élimine les faibles. Le corps social doit également lutter contre d’autres corps sociaux, d’autres nations voisines ; la sélection, encore ici, élimine les faibles et assure la survivance des plus forts, des plus intelligents, des plus courageux, des meilleurs.

Tout cela est de l’histoire naturelle. En effet, n’est-ce pas marcher en aveugle, que chercher la route des nations dans

Je ne sais quelles conceptions dogmatiques et dans quelque

idéal en dehors de la nature ? C’est à Aristote qu’il faut remonter pour voir cette féconde conception de l’histoire naturelle des sociétés : la politique ne consiste pas, pour lui, à sa-

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voir ce qui doit être, mais à connaître ce qui est ; elle prend les hommes tels que la nature les donne, et tâche d’en tirer le | meilleur parti possible. Malheureusement la notion de la science sociale comprise comme science naturelle disparaît après Aristote; elle est éclipsée par le mysticisme et le spiritualisme etelle ne revit, malgré le malencontreux et faux 1déalisme de J.-J. Rousseau, qu'avec Quesnay, qui reprend l’idée de l’ordre naturel des sociétés, avec Mercier de la Rivière, qui écrit également sur l’ordre naturel et essentiel des sociétés politiques, surtout avec Quetelet, qui, suivant le conseil donné par Condorcet, intitule son livre physique sociale, afin de bien montrer que les conditions du progrès et de l’évolution des sociétés sont du domaine de la nature, et par conséquent soumises à des lois aussi inéluctables que le mouvement des astres.

Sociétés animales. — Utilité de leur étude. — Polymorphisme fonctionnel dans les sociétés d’abeilles, de fourmis et de termites. — Persistance d'organes rudimentaires dans les organismes sociaux, preuve de transformisme chez eux. — Castes. — Esclavage. — Commensalisme. — Parasitisme.— Utilité de ces fonctions sociales. — Mutualisme. — Do ut des. — Symbiose.

Nulle part le polymorphisme résultant, dans le milieu social, de la division du travail et de l’adaptation aux fonctions, ne nous apparaît mieux que dans les sociétés formées par certains animaux. Les sociétés humaines peuvent prendre chez elles plus d’un bon exemple : « Tout serait même égal entre elles, a dit Condorcet, pour un être qui, étranger à notre espèce, étudierait la société humaine comme nous étudions celle des castors ou des abeilles ; mais ici l'observateur fait partie lui-même de la société qu’il observe, et la vérité ne peut avoir que des juges ou prévenus ou séduits. » Est-il rien de plus curieux en effet que cette différence de forme imprimée

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