L'HOMME MODIFIE SON MILIEU SOCIAL. D À
qu’il subit, selon qu’il habite le sommet des montagnes ou le fond des vallées ; dans chacune de ces observations, il se préoccuperait de préciser l'influence de l'air atmosphérique sur l'espèce où sur la fonction étudiée. C’est ce que nous avons fait en étudiant successivement l’action du milieu social sur les êtres en général, sur l’homme particulièrement et en analysant les modifications que présente cette action du milieu social, suivant les professions, suivant l’état de fortune, suivant que l'individu est marié, veuf ou célibataire.
Il nous reste maintenant à faire un autre ordre de recherches : l'observateur qui, après avoir étudié l’action naturelle de l’air atmosphérique, voudrait que ses renseignements fussent complets, chercherait à connaître comment lés êtres vivants peuvent modifier les conditions naturelles de ce milieu atmosphérique où ils sont plongés ; il voudrait savoir si ces êtres peuvent modifier utilement pour eux la composition de l’atmosphère, sa densité, sa pression : nous devons de même nous demander quelles sont les modifications que l’homme peut faire subir artificiellement au milieu social.
Nous devons enfin, comme un médecin qui étudie l’action altérante d’un médicament sur les tissus de l'organisme, étudier par quels moyens l’homme peut changer, modifier, par la médication législative, la structure de l’organisme social, dont il fait partie à titre d’élément anatomique.
Les sociétés sont en effet des organismes ; nous avons vu que ces organismes ont une période de croissance, une période d'état et une de décroissance ; comme tous les autres organismes, ils sont soumis à une évolution physiologique, que certaines maladies peuvent venir troubler plus ou moins profondément. Abandonnés à, eux-mêmes ils se développent, ‘comme font tous les êtres dans la nature ; mais pour ces organismes sociaux, comme pour les animaux et les végétaux, il existe une science de la culture. C’est cette science dont nous devons dire un mot.
Le jardinier, qui soumet les arbustes à ses caprices, qui leur
vale LES LOIS.
donne par la taille où par l’attache la forme d’un vase, d’ane pyramide ou quelque autre de ces aspects fantaisistes
dont les arbres du parc de Versailles ont gardé l’assez vilaine.
tradition, s’imagine qu'il a perfectionné ses arbres : il les a en réalité déformés. Celui qui, prenant la fleur sauvage, obtient la multiplication des pétales et finit par avoir une fleur double et même plusieurs fois doublée, a produit arti-
ficiellement une fleur qui peut être fort jolie, mais qui n’est
après tout qu'un monstre et un monstre stérile, puisque les pétales se sont développés aux dépens des étamines. Il en est de même des éleveurs, qui sont parvenus à produire des animaux de boucherie : nous apprécions leurs produits sur nos tables, mais le naturaliste et le philosophe ne peuvent voir dans ces méthodes que l’art de déformer les organismes.
Cela n'empêche pas que des cours sont faits sur cet art : des livres en exposent les lois, car il existe tout un code de lois, qui permettent au jardinier et à l’éleveur de déformer à leur gré les organismes : cet art est difficile, car en dépit des lois ou mieux des décrets du jardinage, l’organisme s’échappe souvent vers sa forme et sa destinée naturelles ; c’est que audessus du code du bon jardinier, existent des lois naturelles, celles-là aussi fatales, aussi peu modifiables, que celles en vertu desquelles se meuvent les astres; ce sont les lois biologiques que le florimane n’étudie guère, dont il ne se soucie pas et avec lesquelles cependant il a toujours à compter. Les nombreux échecs qu’il éprouve dans son art de gâter la nature en sont la preuve.
Il y a de même des jardiniers d’une espèce particulière, qui croient qu’en taillant, coupant, réglant, dirigeant, on peut
jouer avec la sève d’une société et lui donner la forme rêvée. Ce sont ces législateurs empiriques, qui ignorent qu’au-dessus
des recettes inscrites dans le manuel du parfait législateur, il existe des lois physiologiques qui président aux destinées des organismes sociaux. Ils oublient qu'avant de faire des lois, il faut connaître es Lois sociales ; ils oublient qu'une
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