PUISSANCE DES LOIS
société ne peut s'affranchir de son passé, que tous les phénomènes qu’elle présente sont forcément liés à sa structure, à sa constitution, au nombre et à la nature des éléments anatomiques dont elle se compose; en un mot ils se bercent d’un espoir heureusement chimérique, quand ils croient qu'il dépend du législateur de donner à la société la forme qu’il a rêvée. « C’est par erreur, dit Spencer, qu'on se représente ordinairement la société comme une certaine quantité de pâte, à laquelle la cuisinière peut donner la forme qui lui plaît, celle d’une croûte de pâté, d’un chausson ou d’une tartelette. »
Cela ne veut pas dire que les lois soient inutiles et sans action. Elles peuvent faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal : caril ne faut pas croire qu’une mauvaise lot soit un accident indifférent qu’on efface en en faisant une meilleure : la sociologie, la science politique ne doivent pas oublier que les phénomènes sociaux sont enchaînés les uns aux autres avec la fatalité qui enchaîne tout effet à sa cause. « Songez-y, dit H. Spencer en parlant des lois mauvaises, comme d’une cause, qui agit sur la vie des peuples, et vous verrez qu’elles signifient tel nombre de souffrances, tel nombre de maladies, tel nombre de décès. Une forme vicieuse de procédure, qu'elle soit prescrite ou tolérée, occasionne aux plaideurs des frais, des délais et la perte de leur procès. Quel en est le résultat? de l'argent dépensé en vain et dont on aurait besoin, une grande et longue anxiété, fréquemment suivie de maladies, le malheur d’une famille.…, en un mot des misères, qui en entraînent d’autres après elles... Dire même qu’une loi a été simplement un obstacle, c’est dire qu’elle à causé des pertes de temps inutiles jointes à des ennuis et à des tracas, et, pour les gens surchargés, un surplus d’ennuis et de tracas implique une santé affaiblie avec son cortège de souffrances directes et indirectes... Voyant donc que mauvaise législation est synonyme d’atteinte portée à la vie des hommes, jugez quelle somme de détresse mentale, de douleurs physiques et de décès repré-