ÉVOLUTION DE L’INDIVIDU. A
qui nous composaient 1l y à seulement quelques mois, ne soit encore partie intégrante de notre organisme.
L’hygiène bien entendue doit tendre à ce que ce renouvellement des tissus se fasse dans les conditions les plus favorables à leur développement et à leur évolution, car mieux les éléments cellulaires rempliront leur fonction He à plas l'individu tout entier qu’ils composent sera fort, mieux il: portera. La fonction de l’éducation est d'élaborer, de former et d'aider dans leur développement les jeunes éléments qui sont appelés à remplir dans leur âge adulte les diverses fonctions organiques du corps social. Ces jeunes éléments, ce sont les enfants.
Quelle direction donner à cette éducation ? Pour répondre à cette question, 1lest bon de se souvenir que chaque individu, dans son développement personnel, qui a reçu le nom d’o#togénie, parcourt rapidement les mêmes phases que la série des individus issus les uns des autres et formant la série des espèces Zoologiques à parcourues dans la longue série des temps, depuis la première cellule vivante jusqu’à l’homme. Ce développement de la série des êtres est désigné sous le nom de phylogénie. On exprime cette idée d’une façon concise en disant que l’ontogénie n’est que la reproduction en petit, la réduction de la phylogénie : un embryon humain par exemple est d’abord une cellule unique, puis, par division de la cellule primordiale, un groupe formé d’un nombre croissant de cellules ; cette colonie de cellules, qui constitue l'embryon, passe par les états anatomiques qui, lorsque nous les observons dans la nature, sont classés par les zoologistes dans les divisions diverses du règne animal : l'embryon humain est d’abord un zoophyte, puis un mollusque, puis un vertébré et, dans cette série, d’abord un vertébré à branchies comme le poisson, puis uu vertébré pulmoné.
Les sociétés évoluent de même, et l’ontogénie ou le développement individuel de chacune d’elles n’est autre chose que la réduction de la phylogénie des sociétés, c’est-à-dire des
phases successives par lesquelles ont passé toutes les sociétés dans la série des temps. |
Chaque homme dans son éducation doit de même être considéré comme une réduction de l’humanité tout entière : il doit parcourir successivement dans sa vie individuelle les phases que l’humanité a lentement traversées dans la série dutemps. Lorsqu'il naît, il n’a point encore la seule caractéristique de l’homme, le langage articulé ; il ne possède que ce langage purement automatique, par lequel les réflexes vocaux traduisent la faim, la colique ou le sentiment du froid sur sa peau nue; puis, à mesure que ses sens s’éveillent et qu'ils acquièrent l’expérience, ils font naître dans son cerveau des idées bientôt assez nombreuses pour que, poussé par l’imitation, il les exprime par certains sons articulés. Pendant bien des années encore, son intelligence présentera toute la naïveté de celle d’un sauvage : facilement impressionné par le spectacle de la nature, inhabile à généraliser ou à abstraire, doué de curiosité, de la faculté d'imitation, mais incapable, comme le sauvage, d’une attention trop longtemps soutenue, il ne saurait acquérir que des notions simples, et on chercherait aussi vainement à faire entrer des abstractions dans sa tête que dans celle d’un sauvage. Ce n’est que petit à petit, que, son cerveau parcourant la réduction des phases de la civilisation, 1l abandonne la phase nutritive, pour entrer dans la phase psychique et pénétrer plus tard dans la phase intellectuelle. L'expression d’Awmanités par laquelle on désigne l’ensemble des études classiques est donc légitime, si on en tend rappeler qu’elles font parcourir à l’homme le chemin parcouru par l’humanité tout entière dans la série des temps. Heureux quand ce développement, cet acheminement se fait régulièrement et que, par quelque manipulation maladroite, analogue à celles qui appliquées intentionnellement sur des œufs produisent des monstres, c’est-à-dire des individus dont l’évolution à été troublée, on n’arrive pas à éterniser pour toujours la phase inférieure et à fixer le cerveau