ÉDUCATION PHYSIQUE
tion, refusent de reconnaître la même nécessité lorsqu'il s’agit du cerveau et de la production de la pensée! On oublie cette définition donnée par la Chalotais de l’éducation : « Son objet est de procurer aux esprits le plus haut degré de justesse et de capacité qu'il est possible, aux caractères le plus haut degré de bonté et d’élévation, aux corps le plus haut degré de force et de santé ».
Nulle part ce mépris des organes autres que le cerveau n’a été poussé aussi loin qu’en France, notamment par les Jésuites, qui sont encore plus qu'ils le croient les inspirateurs de nos méthodes d'enseignement. Nous sommes, en général, d’une faiblesse remarquable dans les exercices du corps, et plus d’un « homme posé » rougirait d’être pris en flagrant délit d’amusement musculaire. Quelques-uns, sur l'ordonnance de leur médecin, font parfois de la gymnastique, « pour ne pas eugraisser », mais ils la font comme ils prennent médecine, comme au siècle dernier on prenait un lavement, pour conserver la fraîcheur de son teint. En Angleterre il en est tout autrement : l'éducation compte tellement avec les exercices physiques, qu’ils restent dans les habitudes de Ia nation et même dans celles des personnes les plus vouées à la vie cérébrale. |
Il n’y a pas bien longtemps que dans ce pays les Journaux flétrirent comme coupable d’une action blâämable un magistrat qui, promu à une haute fonction, avait cru devoir, par respect pour la dignité dont il venait d’être investi, donner sa démission d’un cercle de joueurs de crocket ; ses collègues furent les premiers à blâmer cette fausse pudeur. En France, au contraire, un président de cour qui jouerait en public à la la paume serait regardé comme manquant de tenue!
Francis Dalton a cherché à réunir le plus grand nombre de documents biographiques sur les hommes de notre temps, qui dans la Grande-Bretagne se sont fait un nom dans les sciences, les lettres ou les arts ; une sorte de statistique devait lui donner Ja moyenne des habitudes des hommes célèbres. Or chez pres-
que tous il a recueilli ce renseignement : J’ai passé ma jeunesse à ramer, à monter à cheval, à faire de l’exercice forcé. En France, un homme maladroit et inhabile à tout exercice du corps est coté comme un homme sérieux. On admire combien il doit y avoir de puissance dans ce pur esprit, chez qui la pensée accapare la force dévolue aux autres organes! Malheureusement il n’y à point ici compensation; 1l y a simplement défaut d'équilibre : un homme complet sera toujours supérieur à celui qui croira s’hypertrophier d’un côté, à mesure qu’il s’atrophie de l’autre.
Dans nos écoles la compression, la discipline, l’immobilité, linternat sont les seules méthodes, et 1l est permis de s’étonner que nous.ne soyions pas tous atrophiés, quand nous sortons du collège après dix ans de réclusion. « A la vérité, disait déjà Montaigne, nous voyons encores qu'il n’est rien de si gentil que les petits enfants en France ; mais ordinairement ils trompent l'espérance qu’on en a conçue; et hommes faits, ou n’y void aulcune excellence : j’ay oui tenir à gents d’entendement que ces collèges, où on les envoye, de quoy ils ont foison, les abrutissent ainsi. »
Que dirait-il de nos lycées d’aujourd'hui, de ces longues heures de classe ou d'étude, de ces cours étroites et humides, où l’on se promène en cercle? Que dirait-il de nos écoliers voués dès leur enfance à toutes les incommodités qu'on ne s’attendrait à rencontrer que chez les employés vieillis sur le rond de cuir : migraines, constipation, hémorrhoïdes, etc... ?
Comme si la vie sédentaire et confinée n’était pas déjà une anomalie pour l’enfance et quelque chose d’aussi barbare que de tenir dans une cage étroite et obscure, sous prétexte de lui apprendre à chanter, un oïseau fait pour remuer et pour lancer sa note gaie, à chaque saccade de son vol fantaisiste ; comme si le supplice n’était pas encore suffisant on le perfectionne par la dislocation : le D' Dally à montré que lhabitude où sont les maîtres d'écriture de forcer les enfants à l’écriture couchée dite anglaise, en tenant leur papier droit, a
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