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LAÏCITÉ NÉCESSAIRE

Les programmes sont, après tout, secondaires : c’est l’esprit de l’enseignement qu'il faut considérer. Il importe de ne pas verser dans la tête des enfants, pour ainsi dire en même temps, les notions de la physique, de la chimie, la notion générale que tout dans la nature obéit comme à des lois immuables, et en même temps les contes à dormir debout dont l’ensemble est pompeusement décoré du nom de religion. Ce qu’il faut inculquer aux enfants, c’est l’idée de la responsabilité, de la justice et du droit et non le nom de la grâce, de la faveur, de la prière et du rachat des fautes par je ne sais quelle jonglerie. Il faut que l’éducation soit laïque : nous avons mis du temps à obtenir cette réforme demandée depuis longtemps par tous les penseurs : il y a longtemps que la Chalotais demandait qu'on ne confiât plus l’éducation des enfants à des hommes « nécessairement ennemis de nos lois », auxquels nous devons « les notions monastiques qui nous gouvernent sans que nous le sachions et sans qu’on s’en aperçoive » ; il voulait, « pour échapper à l'esclavage du pédantisme, » qu’on « sécularisât » l'éducation et « qu'avoir des enfants ne soit pas une exclusion pour pouvoir en élever ». Qu'il soit donné par les jésuites ou par leurs ennemis apparents, tout enseignement qui ne sera pas franchement laïque sera mauvais : € On s’est rabattu, dit Condorcet dans une lettre à Voltaire, à former une congrégation d'éducation, dont les jésuites seraient exclus, mais ce seront toujours des fanatiques et des moines. C’est comme si les Caraïbes changeaient l’habitude d’aplatir en large la tête de leurs enfants en celle de l’aplatir en long : ils n’en resteralent pas moins imbéciles. Dalila n’est-elle pas plus coupable que les Philistins? c’est l’emblème des prêtres. Ils traitent le genre humain comme elle traita Samson : ils lui ôtent sa force, l’aveuglent et le livrent à ses tyrans. »

Du reste, malgré tant de penseurs et de libres esprits qui crit sur l'éducation, la routine, il faut en convenir, est encore à: lus forte : telle Ron qui devrait être devenue un lien commun, une banalité, est encore une hardiesse, et la

science de la pédagogie, j'entends celle qui, digne de ce nom, est décidée à rompre avec le passé et à ne se baser que sut les sciences et sur le développement organique du cerveau, est encore à faire. Un livre hardi, même pour cette fin du dix-neuvième siècle, celui d’Issaurat (1), vient enfin de nous sortir de l’ornière et J’en recommande la lecture à tous ceux qui s’occupent de science sociale.

Éducation professionnelle.

Quant à l’éducation professionnelle proprement dite, c’est bien à tort qu’on la regarde comme destinée à préparer seulement à certains métiers manuels. Elle devrait jouer dans l'éducation du plus grand nombre un rôle beaucoup plus considérable que celui qui lui est actuellement réservé, et sans

préparer spécialement à telle où à telle profession, ce serait.

déjà un avantage qu’elle apprît aux futurs hommes de ca-

binet ce que c’est qu'une profession manuelle. « L'éducation:

du peuple, avait dit Michel Chevalier, doit être une éducation industrielle, une éducation de travail. Il faut développer l'intelligence du peuple à coup sûr, puisque c’est elle qui règle le mouvement de ses bras et le jeu de ses muscles; mais il faut le diriger vers le travail et non vers la littérature, la philosophie et la politique. Ce peuple est travailleur de son état et non littérateur, philosophe ou publiciste. Quand les enfants du riche auront travaillé de leurs mains avec les enfants du pauvre, les professions manuelles que la bourgeoisie considère comme dégradantes seront, par cela seul, réhabilitées et les mœurs industrielles s’en ressentiront heureusement. » e:

(1) La Pédagogie, par C. d'Issaurat (t. XIV de la Bibliothèque d des sciences contemporaines) ; Paris, Reinwald, 1886.

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