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LA FEMME ET L'ÉGLISE

était la profession qu'il désirait embrasser et motiver son choix. Les petits Américains voulaient être marin, grand commerçant, explorateur, colon, aventurier ; les jeunes Français voulaient tous être employés de bureau. Motif : on est chauffé, on est payé régulièrement et on a une retraite assurée!

L'école professionnelle aurait l’avantage de faire apprécier aux enfants tout ce que le travail manuel a d’intellectuel ; elle aurait surtout pour effet de faire cesser l’apprentissage, période en général plus profitable au patron qu’à l'apprenti, qui n’apprend rien ou que peu de chose, qui fait les courses et les corvées et n’est initié souvent dans le métier qu’à l’argot et aux mauvaises manières.

L'éducation de la femme.

Mais si l’on veut que l’éducation influence d’une manière décisive et complète les destinées d’un pays; si l’on veut qu’elle soit vraiment le æilieu social par excellence, celui où grandiront les citoyens de l’avenir, c’est l'éducation de Ia femme qui importe le plus. « Si l’on me demandait à quoi je pense qu’il faille attribuer principalement la prospérité 1mmense et la force toujours croissante du peuple américain, je répondrais, sans hésiter, que c’est à la supériorité de ses femmes, » a dit de Tocqueville.

Leur éducation aura pour effet de débarrasser la route du progrès des barrières que le clergé fait élever par les mains inconscientes des femmes, car elles ne lui livrent leur esprit que parce que nous ne les habituons pas à le confier à la science. Nous méconnaissons quel appoint considérable sont. les femmes dans nos sociétés modernes et quel élan elles donneraient au progrès, si toute l’énergie qu’elles déploient aujourd’hui pour nous empêcher d'avancer, et cela parce que

l’Église les pousse, elles la dépen'saient au profit des idées modernes. Il importe donc de les attirer à la science. « Chassez l’1gnorance et vous ouvrez la porte à la religion. » Cette parole de Buckle doit nous guider dans l’éducation des femmes, car Pascal Duprat a écrit, avec raison, que « si nos révolutions les plus généreuses ont tristement échoué, même en ébranlant le monde, c’est que nos mères, nos sœurs et nos filles, nos compagnes surtout étaient restées étrangères aux sentiments et aux idées qui avaient provoqué ces grands mouvements. Voiià la cause, la cause principale, de tant d’avortements politiques : nous avons laissé les femmes dans la superstition et l'ignorance. Cette ignorance et cette superstition se dressent contre nous, chaque fois que nous faisons la guerre au despotisme, et ce sont elles qui causent presque toujours notre déroute. Insensés que nous sommes, nous lançons au dehors le char de la Révolution et nous ne songeons pas que des liens invisibles partant de chaque famille l’empêchent de rouler. »

C’est encore à la grande époque de la Révolution qu'il faut remonter pour trouver le programme de l’enseignement des femmes, et Paul Bert n’a fait que répéter ce qu'avaient dit Condorcet et Lakanal lorsqu'il s’écria : « Une chose m’étonne, c’est la différence qu’on fait encore dans l’éducation entre les filles et les garçons. La nation ne devrait pas agir en ceci autrement qu'une mère de famille, qui ne fait pas ces distinctions. Je répéterais volontiers le mot connu : Quand on instruit un garçon, on ne fait qu’un homme instruit; mais quand on instruit une femme, on instruit toute une famille. » « L’instruction, avait lui-même dit Condorcet dans son rapport, doit être la même pour les femmes et pour les hommes... elles ont les mêmes droits. Toute instruction se bornant à exposer des vérités, à en développer les preuves, on ne voit pas comment la différence des sexes en exigerait une dans le choix de ces vérités, où dans la manière de les prouver. Le défaut d'instruction des femmes introduirait dans les familles une inégalité contraire à leur bonheur... Les hommes qui au-

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