SPÉCIALISATION PAR L'HOMME. 59 LS
un avantage pour l’animal domestiqué, comme la civilisation est évidemment avantageuse pour l’homme, si la première offrait comme la seconde à l'individu la garantie des lois naturelles agissant dans leur libre fonctionnement ; mais il n’en est pas ainsi. Cette Providence follement ou cruellement capricieuse, que l’homme a inventée et qu’il croit maîtresse de modifier ses destinées, n’est heureusement qu’un produit de son imagination et, heureusement pour lui, ses destinées sont réglées par son milieu, en vertu de lois natuturelles, qui sont immuables. Il n’en est plus de même pour la domestication : ici l’homme lui-même joue très réellement le rôle de Dieu; il manie capricieusement mais réellement ses sujets, comme il se croit lui-même modelé par la main capricieuse d’un Jéhovah! Aïnsi chez le bœuf la domestication n’aboutit pas à éveiller les idées, à le placer en un mot, par rapport au bœuf sauvage, dans la même situation que l’homme civilisé par rapport à l’homme sauvage. La domesticité n’aboutit ici qu'à faire de la viande de boucherie, le plus rapidement et le plus économiquement possible ; l’homme-Providence en a décidé ainsi : mais cela n’a rien d’avantageux pour le bœuf, qui se trouve être, en résumé, très inférieur à son congénère sauvage. Il en est de même du porc et de beaucoup de nos animaux. Chez le cheval luimême on ne développe que les organes de vitesse ou de traction. Un seul animal a eu la chance de n'être que peu comestible, peu propre au trait ; l’homme a développé son cerveau et la domestication est devenue pour lui une véritable civilisation: cet animal, c’est le chien!