AGE MOYEN D'UN PAYS
qu'en Australie les femmes ne dépassent guère vingt-cinq ans et les hommes trente ans. Il n’est guère prouvé que le nombre des centenaires augmente avec la civilisation ; du reste cela n’est pas un bon criterium. Assézat a même fait, au sujet de l'influence de la civilisation sur la durée de la vie, une remarque fort Judicieuse : si, dans un pays comme la France, il y a, ditil, pas mal de vieillards et peu d’enfants, la nation, considérée comme un seul individu social, sera, en réalité, un individu vieux ; un pays qui comptera peu de vieillards et beaucoup de jeunes gens sera un corps social, un individu jeune. Aujourd’hui, continue Assézat, l’âge moyen des vivants est en France de trente et un ans et la vie moyenne, ce qui est différent de l’âge moyen des vivants, d’un peu plus de quarante ans ; le pays devient sénat. In Allemagne, ajoute-t-il, la vie moyenne est plus courte ; le pays moyen est plus jeune.
Lorsque l’âge moyen des vivants est élevé, disait Assézat en terminant, on constate du bien-être, du contentement de soi, mais de la mollesse et une certaine prudence : la jeunesse en minorité est raisonnante et calculatrice. Si au contraire l’âge moyen des vivants est faible, on constate la misère, l'envie, la rudesse ; les soldats sont nombreux; la force est divinisée ; l'ambition est grande et l’extension nécessaire.
J'ai déjà dit que, chez l’homme civilisé, les saisons semblaient avoir moins d'influence sur le nombre des conceptions, que chez l’homme plus primitif; cependant leur influence n’est pas encore annulée; mais la fécondité semble croître avec la civilisation, comme elle fait chez les animaux avec la domestication : on peut opposer la Belgique, qui compte 151 habitants par kilomètre carré, à la Russie qui en compte 3. Il convient cependant de faire une restriction à cette loi : il est certaines étapes de la civilisation, pourtant très avancées, qui semblent au contraire amoindrir la fécondité ; la France serait un exemple à citer. Mais c’est là un phénomène très complexe :1l y à là des questions de races et
d'économie politique. L'étude abstraite du milieu social ne
permet pas d’en donner actuellement la loi.
S'il est une idée fausse, brillamment soutenue, c’est bien celle que Jean-Jacques Rousseau se faisait de homme primitif. L’ethnographie et l’anthropologie ont montré qu'il en fallait rabattre de cet idéal de l’homme de la nature; elles ont montré que l’homme « tel que le Créateur l’a fait », à son image, paraît-il, pour employer l’expression consacrée dans la doctrine théiste, est un assez vilain animal, légèrement supérieur à son cousin l’anthropoide. Ses qualités mo-
rales sont aussi peu développées que ses qualités physiques :
les unes et les autres se développent, au contraire, à mesure que la sélection naturelle amène le progrès, la civilisation. C’est dans l'imagination de Rousseau et des philosophes de son école qu’il existait ce sauvage aux mœurs pures, aux formes herculéennes, dont les muscles vigoureux bandaient l’arc, que les mains débiles de ses fils civilisés ne savent plus utiliser! La vérité est que le civilisé obtient au dynamomètre des - chiffres très supérieurs à ceux du sauvage : dans tous les concours de ce genre auxquels les élèves du laboratoire de Broca ont pris part avec les différents spécimens de populations plus ou moins sauvages montrés par le Jardin d’acclimatation, nous avons toujours fait monter plus que le sauvage l’aiguille du dynamomètre! c’est que les civilisés sont mieux nourris, mieux musclés, et surtout que leurs muscles, à volume égal, sont mis en jeu par un système nerveux plus excitable, par une force nerveuse plus puissante! Ils sont plus adroits, plus exercés pour lancer un boomerang ou une sagaïe, mais ils sont moins forts et résistent moins que nous à la fatigue. C’est parce que leur système nerveux est moins excitable, qu'ils résistent davantage à la douleur!
LA FAIM. sv