‹ La vie des sociétésChapitre 30 sur 208 · IT · texte numérisé non relu

IT

Appareil digestif du sauvage. — Influence de l'alimentation sur le milieu social. — Formule dentaire. — Nécessités du climat. — Le feu. — Coction des aliments. — La viande et la civilisation. — Exemples de l’influence modificatrice de l’alimentation fournis par les animaux.

Lorsque l’on considère les misérables représentants d’une époque primitive de l’évolution sociale, aujourd’hui attardés dans la sauvagerie, quand on examine ces spécimens en quelque sorte fossilisés d’une couche sociale qui était celle de nos pères, mais au-dessus de laquelle nous nous sommes élevés lentement, grâce aux progrès réalisés par une longue succession de générations, on est surtout frappé par la grosseur du ventre et par l’aspect grêle des jambes. Toutes les forces de l’organisme sont en quelque sorte absorbées, chez eux, par la recherche et par la digestion d’un aliment aussi variable qu’incertain. Les dents sont grandes, larges, usées par la mastication d'aliments grossiers et rebelles, comme on le constate lorsqu'on examine les débris des hommes qui ont vécu dans nos contrées au même état de civilisation : l’habitude de se servir des dents comme d’outils contribue encore à les user et à augmenter le prognatisme, c’est-à-dire le développement du maxillaire en avant.

La civilisation à pour effet de diminuer la capacité et le volume de l’appareil digestif : le sauvage ne mange pas tous les jours; mais, lorsqu'une bonne occasion se présente, il ‘répare le passé et assure l’avenir. Tous les voyageurs parlent de la gloutonnerie des sauvages, gloutonnerie qui n’a d’égale que le calme avec lequel ils supportent la privation de ‘nourriture. Je ne sais plus quel est le voyageur, qui raconte avoir vu, chez les Yakoutes, un enfant de cinq ans absorber devant lui, avec rapidité, trois chan-

delles, plusieurs livres de beurre aigre et un morceau de savon jaune. On sait que les Fuégiens se roulent, se vautrent dans la carcasse faisandée d’une baleine échouée sur leurs côtes et se gavent de viande pourrie, jusqu’à atteindre une sorte d'ivresse due autant à la joie qu'à l’indigestion. Les Esquimaux s’emplissent la bouche, jusqu’à étouiter, de lard de phoque arrosé d'huile rance.

« Le sauvage digère, » dit Spencer. Au moment où il Iui faut digérer d'énormes repas, la réplétion s'accompagne d’1nertie et, au moment où, faute de nourriture, ses forces tombent, toute son activité est employée à assouvir sa faim. C’est ainsi que tout progrès qui assure la régularité de l’alimentation, qui égalise en quelque sorte le niveau alimentaire, en effaçant les orgies et en comblant les lacunes profondes qui leur succèdent parfois, devient lui-même une source de progrès nouveau; c’est ainsi que l’alimentation est la question capitale dans l’évolution du progrès social.

On ne peut donc se dissimuler que le milieu social dépend d’ane manière intime du milieu alimentaire. Kant a dit avec raison : « L’homme est ce qu’il mange ». Or l’homme est organisé pour vivre de fruits et de graines : il suffit de regarder ses dents pour s’en convaincre; car si l’on peut répéter après Brillat-Savarin : « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es, » on peut ajouter : « Montre-moi tes dents, je te dirai ce que tu manges », et par conséquent : « Montre-moi tes dents, je te dirai qui tu es. »

Les Primates comprennent : les Hommes, les Anthropoïdes (gorille, chimpanzé, orang, gibbon), les Pithéciens (semnopithèque, guenon, magot, cynocéphale), les Cébiens ou singes du Nouveau Monde (hurleur, atèle, sajou, ouistiti), les Lémuriens (maki, galéopithèque). Après avoir rappelé cette classification, qui englobe l’homme et les singes sous le nom de Primates, il est bon de remarquer que les Hommes, les Anthropoïdes et les Pithéciens ont seuls, parmi les animaux, la même denture, et que tous trois diffèrent, sous ce rapport,

‘si

LE Loin sh ai

Page 1