DENTURE DE L'HOMME
des Cébiens et des Lémuriens : il y à donc plus de différence, sous le rapport de la denture, entre les singes comparés entre eux qu'entre les hommes et les grands singes. Or, qu’on ne l’oublie pas, on à vu dans la denture un caractère zoologique tellement important, qu’on à cru devoir faire de l’hippopotame fossile, qui avait douze incisives (77. Hexapotodon), une espèce différente de l’hippopotame actuel, qui à huit incisives, en se basant uniquement sur cette différence de la formule dentaire. Si l’on suivait cet exemple et qu’on appliquât la même méthode aux Primates, on mettrait donc une partie des singes avec l’Homme dans une section séparée de celle des autres singes Cébiens et Lémuriens.
Quelles que soient les conclusions philosophiques qu’on puisse tirer de ce fait, qu'il m'a suffi d'indiquer ici, l’homme, comme les singes supérieurs, possède trente-deux dents, qui se décomposent en huit incisives, quatre canines, huit prémolaires et douze molaires. De cette disposition ainsi que de la forme des dents il est permis de conclure que l’homme, comme les grands singes, est un animal granivore et frugivore.
Nous savons, en outre, que les premières sociétés humaines se sont constituées dans un climat chaud. C’était le seul milieu où l’homme primitif pût vivre; il n’y avait point ailleurs de milieu social qui fût possible, car, dans les pays chauds, on a besoin de moins de nourriture, parce qu’on a moins besoin de faire de la chaleur et, d’un autre côté, les climats chauds sont seuls capables d’enrichir les graines et les fruits d’une matière alimentaire suffisamment réparatrice : ce n'est que dans ces pays, que les végétaux accumulent, sous forme de sucre ou de matière grasse, les quantités considérables de carbone qui suffisent à produire la chaleur et, par tranformation de cette dernière, la force dont l’évolution sociale à besoin.
Qu'on ait moins besoin d'alimentation dans les pays chauds, c’est 1à un fait incontestable : les Indous, qui vivent
de riz, les Arabes, qui se nourrissent avec quelques dattes et du café, mourraient sl leur fallait suivre un pareil régime au Groënland. Les Anglais, qui sont gens pratiques, donnent à leurs troupes, chez eux, une ration de matières solides de 11“',175 d’aliments par homme et par semaine, tandis que la ration du soldat n’est dans l’Inde, pour le même temps, que de 8,117 de matières solides.
Quant à la puissance productrice d’éléments carbonés pro-
pre aux pays chauds, il suffit, pour la prouver, de citer les
graines oléagineuses de l’arachide, au Sénégal ; le palmier à huile (Ælais quineensis), dont le fruit donne, par la pulpe,
l’huile de palme, par le noyau, de la stéarine pure, et qui four-
nit, en somme, 900 kilogr. de matière grasse par hectare ; au Gabon, l’oba, le djavé, le m’poga donnent également de l'huile; le palmier-dattier nourrit, sans culture, non seulement les hommes, mais souvent les chameaux ; en Égypte, le dhourra rend 250 pour 1; le maïs donne, au Mexique, 400 graines pour 1; enfin, d’après Humboldt, la banane, qui est dans une grande partie de l'Amérique la base de l’alimentation du plus grand nombre, peut nourrir 50 personnes par arpent, tandis qu’un arpent de blé n’en nourrirait que deux. D’après lui, le produit de la banane, comme richesse en matière nutritive, serait à celui du blé comme 133 est à 1, et à celui de la pomme de terre, comme 44 est à I. En Colombie, les indigènes se nourrissent presque exclusivement d’un suc végétal aussi nourrissant que le lait, c’est celui du Brosimum galactodendron, arbre à la vache, ou palo de leche. Ce suc, qu’on obtient en le faisant couler d’incisions faites au tronc, contient, d’après Boussingault, 84 % de matières grasses, 3,40 % de sucre et 4 % de caséum. L’avantase de toutes ces substances végétales produites dans les pays chauds, c’est qu’elles contiennent beaucoup de carbone et beaucoup d’hydrogène. La combustion de ce dernier corps dans l'organisme donne quatre fois plus de chaleur que celle du carbone ; or la chaleur devient de la force musculaire et
ra
LE FEU — LA VIANDE. 2 à
cérébrale, et sans elle il n’est point de progrès dans la civihisation.
L'homme n’a pu étendre son milieu social en dehors des limites tropicales, que le jour où il a su produire et conserver le feu; il a eu en effet, ce jour-là, le moyen de se garantir du froid et cette précieuse découverte, dont les anciens avaient divinisé le légendaire auteur, lui à permis en outre de se contenter d’une alimentation moins réparatrice par elle-même, mais à laquelle la coction donnait des qualités nouvelles : les expériences de Dudgeon, en Angleterre, ont en effet montré que des porcs, nourris d’une certaine quantité d'aliments crus, ont augmenté de 49 livres en 100 jours, tandis qu’un second lot de porcs, nourris avec la même quantité d'aliments cuits, a augmenté dans le même temps de 89 livres par tête.
Ce progrès n'était pas suffisant : l'humanité ne pouvait évoluer qu’en se faisant carnivore. Sans doute les principes nutritifs fournis par les végétaux sont chimiquement identiques à ceux qui sont fournis par les animaux ; les substances quaternaires, fibrine, albumine, caséine, glutine, sont les mêmes; les matières ternaires, glucose, amidon, inosite, z00-amyline, tunicine, sont les mêmes; mais leur quantité varie, dans l'aliment, et il n’est pas indifférent de trouver la même alimentation chimique dans une botte de foin, dans un panier de graines ou dans un petit morceau de muscle : les vétérinaires ont remarqué que les animaux carnivores sont plus résistants que les herbivores ; les médecins et les voyageurs savent que dans l’humanité les végétariens sont
moins forts que les autres hommes. ei
Au sujet des avantages qu’une société pouvait retirer de l’utilisation alimentaire de la viande de cheval, Isidore Greoffroy Saint-Hilaire faisait remarquer avec raison que € sans la viande il n’y a point de travail cérébral, pas de grande civilisation ». Les apiculteurs savent eux-mêmes que la nature et surtout la quantité de l’alimentation des larves déci-
dent du sexe des insectes : en variant la bouillie qu’elles donnent aux larves, les ouvrières produisent en effet, à volonté, des ouvrières comme elles ou des reines.
L'homme est donc devenu carnivore, par sélection, les carnivores ayant partout pris sur les végétariens une supériorité due à leur alimentation. « Que de grands faits dans la vie des « nations, dit Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, auxquels les « historiens assignent des causes diverses et dont le secret est dans l’alimentation ! L’Angleterre régnerait-elle paisi- & blement sur un peuple en détresse, si la pomme de terre presque seule n’aidait celui-ci à prolonger sa lamentable existence? Et par-delà les mers, 140.000.000 d’Indous « obéiraient-ils à quelques milliers d’Anglais, s’ils se nour-
aissaient comme eux? Les Brahmes, comme autrefois Py- « thagore, avaient voulu adoucir les mœurs ; ils y ont réussi, « mais en énervant les hommes. »
Ce qui est vrai de l’alimentation animale l’est, à un certain degré, pour le sel : les populations qui l’ont à leur portée ont eu de tout temps un avantage considérable, et les collections de bronze, que nous trouvons chez les populations préhistoriques des environs de Salins, nous indiquent quelle richesse était pour elles le sel gemme déjà exploité par elles.
En résumé, les civilisations les plus élevées sont liées à cette question d'alimentation. Le travail d’une machine dépend de la quantité de charbon qu’on lui donne à brûler, et Kant avait bien raison de dire : « L’homme est ce qu’il mange. »
Modifications nerveuses. — Maladies liées aux changements du milieu social.
Ceux qui s’obstinent à regretter l'antique sauvagerie de nos pères, accusent la civilisation d'augmenter le nombre des
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