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LA CIVILISATION MARCHE PAR ÉTAPES

de parvenir aux deux grades plus élevés, s’il est dans ses destinées d'évoluer. C’est de même que, ainsi que nous le démontre l’embryologie, tout animal, l’homme par exemple, traverse, pendant sa vie d’embryon, toutes les étapes du règne animal : c’est d’abord une simple cellule, une amibe, une monade, puis un mollusque, puis un vertébré inférieur, une sorte de poisson, puis un mammifère s’élevant progressivement à la dignité d'homme. La paléontologie nous montre de son côté

que la même marche, la même évolution ont été suivies par la

série des êtres vivants depuis les débuts de la vie, dont les traces fossiles sont écrites dans les couches alluvionnaires les plus profondes, jusqu'aux temps actuels.

Les sociétés n’échappent pas à cette Loi de Péronne la société la plus avancée est fille d’une société primitive ; en un mot, de la sauvagerie on passe à la civilisation la plus élevée par une série de transitions, d'étapes ; chaque phase se ressent de celle qui précède et est la préface de celle qui la suivra. Comme l’a dit Turgot, « tous les âges sont enchaînés par une suite de causes et d’effets, qui lient l’état du monde à ceux qui l’ont précédé ». Malgré tout la civilisation ne s’arrête Jamais.

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Phases de la civilisation : nutritive — sensitive — psychique intellectuelle — scientifique.

Comptons donc les deocrés de cette échelle de la civilisation. Tont à fait dans le bas, les groupes humains qui sont la première ébauche d’une société future sont représentés aujourd’hui par les Faégiens, à l’extrémité de l’ Amérique méridionale, et par les Boschimans, dans l’Afrique australe. Ils errent à la recherche d’une nourriture incertaine, et cette re-

cherche suffit à employer toute leur force. C’est la période

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nutritive des sociétés. Les seuls souvenirs durables que laissent ces populations sont les débris d’os, de coquilles, qu’elles rejettent après les avoir fait servir à leur alimentation et dont l’entassement dans un même lieu produit, avec le temps, ces sortes de monticules qu’on connaît sur le nom de #jükenmedings. Là, où les populations de la Suède et de la Norwège élèvent aujourd’hui des palais, des universités, des musées et des bibliothèques, leurs ancêtres formaient, comme aujourd’hui les Fuégiens, des £jükenmedings, que leurs petits-fils recueillent aujourd’hui précieusement. La nutrition est tout dans cette première phase sociale ; quand les racines, les insectes, les petits rongeurs ou les poissons viennent à manquer, on mange les vieilles femmes, parce qu’elles ne peuvent plus servir à rien autre qu’à assouvir l’appétit des estomacs vides. Le langage se compose d’un petit nombre d’interjections, dont chacune répond à l’une des peu nombreuses idées qui traversent le cerveau ; le verbe n’existe pas à cette phase du langage et aucun mot ne répond à cette conception de notre propre existence, que nous désignons pas l’infinitif étre; aucun mot ne correspond à nos mots amour et aimer; à cette phase de la civilisation, le volume du cerveau ne s'élève pas considérablement au-dessus de celui du gorille : la capacité du crâne est environ de 1.100 centimètres cubes.

Au-dessus de cette phase, mais ne lui succédant qu'après que de nombreuses générations ont lentement dépassé de quelque peu celles quiles précèdent immédiatement, la civilisation entre dans une phase qu’on peut nommer sensitive. Le cerveau est déjà plus considérable : il cube de 1.250 à 1.350 centimètres ; manger n’est plus le seul but ni le seul idéal : l’homme trouve un plaisir dans la parure ; une plume, une coquille inutile, un bout de ruban sont la source de plaisirs nouveaux pour l’humanité, qui à cette phase peut être considérée comme un enfant de huit ou dix ans. Elle aura même beau grandir par la suite, longtemps encore elle continuera à

jouer avec ces hochets, dont le goût n’est pas encore passé

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