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PHASES SENSITIVE ET PSYCHIQUE

dans nos vieilles sociétés, qui se croient pourtant blasées, Chez l'enfant, la peur, la timidité et le sentiment de la décence sont déjà un progrès; car aucun de ces sentiments n’existe chez un enfant de quelques mois, et ce n’est qu’en grandissant qu'il acquiert ces idées, qui, pour être fausses, n’en sont pas moins des idées. Il en est de même dans l’humanité enfant : la peur naît chez elle au moment où s’éveille une certaine curiosité, au moment où pour la première fois elle observe et où elle constate pour la première fois l’immensité de l’inconnu, ce qui suppose déjà un domaine inverse de faits déjà connus et plus ou moins appréciés par l’esprit. Cette première peur engendre les premiers dieux dans l'esprit de l’homme ; Croquemitaine entre dans la tête de l'enfant, au moment qu'il éprouve pour la première fois le sentiment de la peur. L’humanité grandie brode plus tard sur ce thème inépuisable du Croquemitaine ; elle lui prête une forme, une existence tout humaines; elle lui suppose les passions, les colères, les caprices de l’homme ; elle lui parle, l’implore, le flatte, l’adore : le fétichisme et les religions ont pris naissance et l'humanité sera déjà vieille, qu’elle écoutera ‘encore, avec la même naïveté qu'un bambin écoute les contes et les menaces de sa bonne, les contes et les légendes éclos, un jour de frayeur, dans le cerveau de ses pères. Mais telle naïveté sied à l’enfance, qui devient triste ou grotesque chez Le vieillard! Les Tahitiens, les Peaux rouges, les Cafres sont actuellement les principaux représentants de cette phase sociale.

L’humanité grandissant toujours arrive ensuite à la phase psychique : l'intelligence est éclairée par mille conceptions nouvelles ; tous les vastes horizons que peut sonder le regard humain sont déjà en vue ; mais l'intelligence, déjà cependant brillamment développée, ne prend pas encore d’autre thème que les grossières conceptions léguées par les ancêtres des périodes précédentes ; elle les poétise, elle leur donne une élégance, un charme parfois, qui les transfigurent, mais qui n’en détruisent pas l'esprit. Ce sont toujours les vieilles assises du

lourd monument construit par les pères et les arabesques, les fines ciselures, toute l’ornementation, ne servent malheureusement, en l’embellissant, qu’à le rendre plus durable. L’antiquité classique a répondu à cette phase, qui n’est pas, on le voit, incompatible avec une civilisation déjà très avancée : l’Inde est actuellement dans cette période, où le fétiche est plus ou moins détrôné par le symbole.

Ce n’est que plus tard, que humanité entre enfin dans la phase intellectuelle et scientifique. Alors seulement on se lasse de broder des arabesques sur l’antique forteresse de l’ignorance et de la superstition. Pour la première fois la science arrive et montre qu’il ne s’agit pas d’embellir, de modifier et d’accommoder à de jeunes idées de vieux monuments, mais de les démolir jusque dans leurs fondations et de reconstruire sur de nouveaux plans avec des matériaux neufs. Cette période-là brûle les fétiches, les idoles, comme le cultivateur doit brûler les antiques racines qui empêcheraient son champ de produire une riche moisson. Cette période-là revient à la réalité; elle prend comme -unique guide les lois naturelles, dont tant de conceptions du passé l’ont si dangereusement éloignée. Nous sommes au début de cette phase : les conceptions métaphysiques du passé sont en ruines ou tombent rapidement, mais la route sera longtemps encore jonchée de leurs débris, qui ralentiront notre marche; la science n’a pas de temps à perdre pour déblayer la voie le plus tôt possible. La science! voilà la grande, la seule réformatrice! voilà la seule puissance, la seule force à laquelle rien ne résiste! Les politiciens, les conquérants s’évertuent, ils s’imaginent que c’est sous leur aiguillon que les chevaux tirent lentement le coche du progrès! profonde erreur! l’impulsion vraie, ce sont les découvertes scientifiques qui la donnent. &« La désolation d’un pays, le carnage, voilà, dit Bukle, des pertes qu’on répare toujours ; laissez s’écouler quelques siècles et tout vestige est effacé : les crimes gigantesques d’un Alexandre ou d’un Napoléon sont privés, après un certain temps, de tout effet, et

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