‹ La vie des sociétésChapitre 37 sur 208 · ÉVOLUTION DES OUTILS · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION DES OUTILS

les affaires du monde reprennent leur premier équilibre. C’est le flux et le reflux de l’histoire, le double courant, auquel nous soumettent les lois de notre nature. Au-dessus de tout cela il ÿ à un mouvement bien plus haut, et à mesure que la marée se déroule, tantôt s’avançant, tantôt reculant, il est, au milieu de ces fluctuations infinies, une chose, une seule, qui dure à Jamais : les découvertes des grands hommes ne nous quittent Jamais! » |

Influence de l’évolution parallèle de l'outillage sur le milieu social.

Toutes ces périodes se succèdent d’une manière insensible, par une lente évolution. Les modifications de læpensée, c’està-dire du cerveau se succèdent aussi lentement mais aussi sûrement que celles qui sont depuis longtemps admises dans l'outillage de l’homme, dans la matière première dont il arme sa Main.

Est-il besoin de dire quels avantages l’homme, au fur et à mesure qu'augmente sa civilisation, retire des instruments qu'il invente et qu’il perfectionne ? La flèche, le boomerang, la sagaie raccourcissent la distance entre le chasseur et sa proie, entre le guerrier et son ennemi, en attendant que la poudre à canon la supprime presque complètement. Les canines, qui servirent de moyen de défense aux ancêtres de l’homme, les griffes, qui ont pu leur servir, n’ont plus eu leur raison d’être le jour où il a su inventer des armes ; elles ont disparu. Il en fut de même du poil, qui disparut, lorsque de la peau des animaux qu'il, avait mangés, l’homme s’est su faire un vêtement. C’est ainsi que le milieu social, selon ses variations change l’organisation même de l’homme. L’imprimerie n’a-t-elle pas fait subir à notre cerveau une augmentation considérable? L'emploi des machines dans l’industrie n’a

pas eu, nous le verrons, une moins grande influence sociale ; qui peut dire quelles conséquences auront dans l’avenir le téléphone, le télégraphe et la direction des ballons ?

Lucrèce, ce précurseur de notre période scientifique égaré dans l’antiquité, ou mieux dont l'influence a été si malheureusement annulée jusqu’à nous par la philosophie spiritualiste et par les métaphysiciens, a exposé la succession des inventions humaines en termes que la science moderne ne peut que sanctionner :

Arma antiqua manus, ungues dentesque fuerunt Et lapides, et item sylvarum fragmina rami; Posterius ferri vis est, ærisque reperta ;

Sed prior æris erat quam ferri cognitus usus.

Nous ne connaissons pas, pour le moment, de populations qui soient à d'âge du bois proprement dit; mais nous avons vu en pleine période de la pierre taillée les Australiens, dont la civilisation n’égalait certes pas celle des fourmis blanches qui vivent à côté d’eux sur le même continent, les Tasmaniens, les Boschimans, les Dokos d’Abyssinie, les Veddahs de Ceylan, les indigènes de Sumatra.

La période de la pierre polie est représentée par les Peauxrouges, les Brésilo-Guaranis et les Polynésiens.

Les Grecs du temps d'Homère étaient à l’âge du bronze; enfin il n’y a pas extrêmement longtemps, que l’âge de fer était dans le nord de l’Europe dans tout son plein. :

La période actuelle ne pourrait plus être aujourd’hui désignée par le nom d’une substance quelconque : est-ce la poudre, la vapeur ou l'électricité qu’il faudrait prendre comime caractère ? Nous sommes à l’âge de la science : la puissance de l’homme sur la nature a atteint un degré colossal, qui sera pourtant dépassé dans l’avenir, comme nous avons nous-mêmes dépassé la limite où s'étaient arrêtés nos devanciers.

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