‹ La vie des sociétésChapitre 38 sur 208 · TYPES SOCIAUX · texte numérisé non relu

TYPES SOCIAUX

Action de plus en plus considérable du milieu social, à mesure que se fait

l'évolution des sociétés. — Évolution dans la structure, le type et la forme du corps social.

État nomade, — agricole, — - monarchique, — despotique-aristocratique, — féodal, — constitutionnel.

Type guerrier : centralisation pour la guerre, — unitication du corps social pour la guerre, — analogie avec la centralisation nerveuse. — RO monarchique ; — État-Providence, — socialisme d’État.

Type pacifique ; — individualisme ; — l'autonomie de l'élément ana-

tomique et des organes, sous la Herve de l’unité de l'individu organique, a pour pendant l'autonomie individuelle et celle des organes s50ciaux, sous réserve de l'unité du corps social.

Tous les types d'organisme social sont représentés dans les sociétés animales. — Évolution fatale et illimitée de l'organisme social.

Grâce aux progrès successifs de ses inventions, l’homme a vu successivement décroître l’influence des lois physiques ; l'influence du milieu social, comme milieu principal, s’est successivement dégagée et est devenue de plus en plus prépondérante. « Diminution de la pression extérieure ; augmentation de la pression sociale, » c’est là, comme le dit Bukle, la caractéristique de l’évolution des sociétés humaines.

L'évolution nous apparaît encore comme une loi du développement social, si nous considérons non plus les armes de l’homme, mais les formes successives du corps social : ce sont des étapes aussi fatales que celles que nous montrent la linguistique, l’embryologie et la paléontologie , que celles qu'a parcourues toute société. Elle est d’abord nomade et vivant de chasses, comme les Australiens, les Fuégiens, les Peaux rouges ; elle est plus tard nomade mais élevant des troupeaux, comme les Tongousses, les Kaffirs d'Afghanistan, les Bouriates , les Kirghisses, les Hottentots; plus tard, fixe et agricole, comme les Cafres, adonnés à la culture du sorgho, de l’arachide et de la canne à sucre ; plus tard encore, monar-

chique et despotique, comme la population de l’Afrique centrale, où le bourreau soutient également le trône et l’autel ; comme le Siam, où l’on se prosterne devant les crachats que le roi daigne laisser tomber de son auguste bouche, sans même s’y disputer le tabouret, comme à la cour de Louis XIV ; plus tard encore, aristocratique et féodale, comme la France et l'Allemagne au moyen âge, comme le Japon il y à quelques années seulement ; plus tard enfin, constitutionnelle et parlementaire, comme les États-Unis, l'Angleterre et la France.

C’est encore par une évolution fatale, en montant lente- ment la même route, tant qu’elles vivent et qu’elles s’élèvent successivement à des niveaux semblables, que, d’abord guerrières, amies du pillage et de la déprédation, Les sociétés deviennent avec le temps pacifiques et industrielles.

Le type guerrier est en effet indispensable aux débuts de l’existence de la nation : c’est pour la guerre que les citoyens se forment à la discipline, c’est pour elle qu’ils se groupent autour d’un chef, c’est pour elle qu'ils se centralisent. Les dispositions prises en vue de la guerre font sentir leur effet même en temps de paix; cette centralisation amène l’unité organique et fonctionnelle du corps social, ou, du moins, elle donne plus d’ensemble, plus de netteté à tous les mouvements qu'il exécute.

Cette unification du corps social autour d’un centre unique est comparable à l’évolution qui se fait dans la série animale : l’individu est composé d’abord d’une série d’anneaux indépendants, cousus bout à bout, capables de se suffire, à tel point qu’on peut couper un ver en deux ou plusieurs fragments, et fabriquer ainsi deux ou plusieurs vers, qui continueront à vivre ; plus tard apparaît un système nerveux central, qui commande à tout l’organisme et tient toutes les parties sous son empire tellement étroit, que toute division opérée sur l'individu devient une mutilation.

C’est grâce à cette centralisation, qui groupe tous les citoyens autour d’un chef, comme tous les soldats autour du

TYPE GUERRIER. — CENTRALISATION. ot

drapeau d’un régiment, que les États jeunes s’accroissent par la guerre, s’imposent à leurs voisins par la force et donnent à l'organisme social, rendu ainsi de plus en plus compact, une solidité inébranlable. Mais la guerre ne dure pas toujours ; si la nation centralisée n’a pas assez de souplesse pour se défendre de cette rigidité, lorsqu'elle à mis bas les armes ; si la centralisation l’a coulée dans un moule quine permet plus de modifier sa forme et de rendre aux parties l’indépendance relative à laquelle, dans l'intérêt de la discipline, elles avaient momentanément renoncé les citoyens supportent alors les conséquences de cette structure sociale, devenue vicieuse: autant qu’elle était d’abord utile : le despotisme monarchique devient alors la règle ; le citoyen est destitué de tout droit de contrôle, de toute initiative, au même titre que le soldat devant l’ennemi; la consigne est d’obéir sans murmurer ; le souverain règle le luxe, la dépense des ménages, édicte des lois somptuaires ; c’est lui qui règle l’époque des semailles, la nature des cultures ; c’est lui qui règle la journée du travail ; c’est lui qui se charge de tout, même du bonheur, de la santé, de la propreté de ses sujets réduits à l’état d’ilotes, dont il est décidé à faire le bonheur, même par la force! Le Japon, l’ancien empire du Pérou, l’ancienne Égypte, Sparte ellemême, nous donnent, dans l’histoire, l’exemple des conséquences d’une centralisation outrée.

Même en dehors du principe monarchique, alors qu'aucun roi n1 aucun empereur ne représente le centre et que le régime républicain s’est substitué au monarchique, la même conception d’une centralisation en quelque sorte géométrique à été et est encore souvent appliquée à l’État. Il devient une entité, comme une personne séparée des citoyens et supérieure à eux; de sorte qu’au lieu que l’État soit simplement la somme des citoyens, pour qui il est fait et dont il est le fonctionnaire, le chargé d’affaires, il semble, dans cette doctrine, que ce soient les citoyens qui sont faits pour l’État. C’est dans ces conditions qu’on voit appliquées les doctrines du com-

munisme : l'État est propriétaire de tout, même des enfants, qui sont pour lui et qu'il élève ; l'État ainsi compris.se croit obligé de protéger tout le monde et toutes choses; c’est lui qui vous empêche de courir de peur que vous tombiez! Sous l'influence de ce socialisme d’État on voit fondre et s’évanouir, petit à petit, l'originalité, l'indépendance, le sentiment de la responsabilité et tout ce qui fait la grandeur et la force des citoyens, comme celles de la cité résultent de leur ensemble.

Mais, fort heureusement, l’évolution des sociétés du type guerrier au type pacifique est la règle ; cette évolution est souvent lente ; mais elle se fait. L'état purement sauvage est celui dans lequel la gloire militaire est le plus estimée et où les guerriers sont le plus respectés. « De cet affreux avilissement, dit Buckle, jusqu'au sommet de la civilisation, 1l y a une longue série de degrés consécutifs, des gradations, à chacune desquelles quelque chose se détache de l’empire de la force, pour retourner à l’autorité de la pensée. Lentement, une par une, les classes intellectuelles et pacifiques commencent à s’élever, regardées d’abord avec souverain mépris par les guerriers, mais n’en gagnant pas moins peu à peu du terrain, croissant en nombre et en force et, à chaque pas progressif, affaiblissant ce vieil esprit militaire, où venaient autrefois s’absorber toutes les autres tendances. Négoce, commerce, manufactures, lois, diplomatie, littérature, science, philosophie, tout cela, originairement inconnu, finit, en s’organisant, par former des sujets d'étude différents... » Successivement, avec le temps, &« à mesure que s’est avancée la civilisation, il s’est formé dans la société certaines classes, qui ont intérêt à la conservation de la paix et dont l’autorité réunie est suffisante pour dominer les autres classes, qui ont intérêt à poursuivre la guerre. » Sous l’influence de cette tendance vers le type pacifique, l’esprit de casernes ou de couvent disparaît : l’individualisme succède au communisme ; au travail forcé, réglé, réclementé, comme l'était celui des indigènes du Para-

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