AUTONOMIE DES ÉLÉMENTS
guay sous la direction des jésuites, succède la coopération volontaire ; au caporalisme et au respect de la consigne succèdent le libre examen et le respect de la loi consentie par la majorité des citoyens. L'État devient la somme des citoyens : il vit pour eux et par eux; ils ne vivent plus pour Jui et par lui. Il les réunit, les englobe en une unité vraiment organique.
L'organisme animal avec son système nerveux central et unique, avec son cœur unique, sa personnalité unique et indivisible, est formé d’organes relativement autonomes, qui sont eux-mêmes composés d'éléments cellulaires autonomes et indépendants. Cette autonomie, cette liberté des cellules, ont pour limites l’autonomie et la liberté des cellules voisines. Il en est de même de l'organisme social : l’unité de l’État n’empêche pas l’autonomie relative de ses grands systèmes organiques, le département, la commune, et encore moins l’autonomie des éléments composants de ces systèmes organiques, c'est-à-dire celle des citoyens. Ici encore la liberté n’a d’autres limites que la liberté des voisins!
L'évolution est donc partout dans la nature et dans les sociétés, comme dans tous les organismes, dans les sociétés humaines, éomme dans celles des animaux : il y a des guêpes qui vivent solitaires; d’autres espèces sont simplement agrégées. Les abeilles vivent en sociétés monarchiques d'ordre élevé. Les fourmis nous montrent plusieurs degrés dans leur civilisation : les unes sont purement sociales, elles se bornent à associer leurs efforts; d’autres sont esclavagistes : elles ont compris l’importance de la division du travail, l’utilité de l’épargne, en conservant leurs prisonniers de guerre pour les faire travailler. D’autres évoluent, non plus en suivant le type guerrier, mais le type pacifique : elles sont pastorales et élèvent des pucerons dans leurs galeries, pour traire leur suc, comme nous élevons les vaches; d’autres sont agricoles (fourmis glaneuses). Actuellement il n’y a pas, chez les animaux autres que l’homme, de milieu
social plus élevé que celui des fourmis, et on peut, dire que si l’homme est actuellement le premier des Primates parmi les vertébrés, la fourmi est le Primate des articulés. Qui sait si c’est là un ferminus? qui pent même douter que l’avenir plus ou moins lointain ne relèguera pas à un second rang ceux qui sont aujourd’hui au premier? en tout cas ce progrès se fera lentement sans que rien puisse artificiellement le hâter ; il viendra à son heure, sans brusquerie, sans évolution mais par Évolution : natura non facit saltus.
Variabilité nécessaire. — Dangers de l’atavisme social. — Routine. — Transformisme social.
Bien que chaque période de la vie d’un peuple soit enfantée par la période précédente et doive lui ressembler comme un fils ressemble à son père, bien que le présent, comme on l’a dit, soit fils du passé, une qualité est néanmoins nécessaire aux sociétés, comme aux organismes ; cette qualité c’est la variabilité, c'est-à-dire l’aptitüde contraire à cet attachement au passé qui prend en sociologie le nom d'esprit de routine. Sans la variabilité, les générations se succéderaient comme coulées dans un même moule et s’éteindraient fatalement, comme s’éteignent toutes les espèces qui ne se transforment pas de manière à rester en harmonie avec le milieu tonjours changeant qui les entoure. Toutes les espèces immuables disparaissent en effet ; celles-là seules se perpétuent, qui ont assez de souplesse pour obéir à la loi du transformisme.
Il en est de même des sociétés. Une des supériorités du peuple américain, c’est qu'il n’a pas de routine et qu'il est toujours prêt à modifier ses procédés. Les sociétés qui, comme Ja Chine jusqu’à ce jour, se trouvent dans un équilibre