CERVEAU DU CORPS SOCIAL
Qi ces chiffres sont les mêmes pour une période d’années, il ne s'ensuit pas qu’ils soient les mêmes pour toute la vie d’un peuple, en dépit des changements survenus dans ses mœurs, dans ses coutumes, dans tout ce qui constitue son milieu social! Loin de là : ses mœurs et ses coutumes évoluent fatalement. Mais, comme elles sont liées à celles du passé, elles ne peuvent évoluer que lentement ; c'est une superposition qui, comme celle que nous montre la géologie, dans les couches du sol, ne peut se faire que très lentement, par un travail de chaque minute exécuté pendant des siècles. « La démocratie, a dit Emilio Castelar, résulte d’un mouvement historique aussi profond que le mouvement géologique ; elle est la conséquence dernière d’une série de prémisses se rattachant non seulement à la politique, mais à l’art, à l’industrie, à la religion ; elle est la conclusion des études scientifiques et philosophiques, qui ont inspiré aux nations la volonté de se gouverner elles-mêmes. »
Pris à un moment donné, le milieu social comporte une certaine manifestation de la vie sociale et n’en comporte pas d'autre : s'attendre, comme les réactionnaires attardés, au retour d’une période précédente, est aussi chimérique qu'il le serait d'espérer le retour, dans la faune actuelle de notre pays, des animaux qui y vivaient à l’époque glaciaire. Il n’est pas plus sage de vouloir substituer brusquement au mode de vie d’une société un mode nouveau, que son organisation ne comporte pas encore : ce serait raisonner comme l’eût fait un être de la période jurassique, qui se serait attendu à voir par anticipation autour de lui la faune de notre période contempo- ‘raine. C’est cette idée qui a été brutalement exprimée par celui qui a dit que «les peuples n’ont jamais que les gouvernements qu'ils méritent »; c’est ce que voulait dire Solon, lorsqu'il répondait à un ami lui demandant si les lois données par lui aux Athéniens étaient bonnes : « Oui; ce sont du moins les meilleures lois qu’ils étaient capables de recevoir. » Bodin a dit depuis, en 1588 : « L’un des plus grands et peut-être