‹ La vie des sociétésChapitre 47 sur 208 · CERVEAU DU CORPS SOCIAL · texte numérisé non relu

CERVEAU DU CORPS SOCIAL

et leurs idées des doctrines du temps passé, en un mot de la tradition. De 57 à 58 centimètres en moyenne, chez les savants et les littérateurs, la circonférence de la tête tend à baisser dans la classe bourgeoise ; elle est plus basse chez les nobles, dont beaucoup, représentants du temps passé par leurs opinions comme par leur cerveau, sont maintenus dans ces limites traditionnelles d’une anatomie cérébrale surannée, par l’hérédité doublée de l’absence de lutte; au dernier rang viennent ceux des paysans, qui sont, non partout mais encore en quelques points de la République, demeurés rivés plus que les gens des villes aux coutumes, aux patois du passé, et attachés par mille légendes à une époque d’ignorance dont l’instituteur n’a pas encore eu partout le temps de dissiper complètement

le souvenir. Combien Edgar Quinet avait raison et comme

il avait bien compris la portée des études modernes et la relation qui relie la vie d’un peuple et l’organisation de son cerveau, lorsqu'il disait : « Si l’organisation physiologique léguée par les ancêtres n’eût été modifiée par des extinctions de races, par des mélanges de famille, par de nouvelles aptitudes acquises, il n’y aurait pas eu de révolution de 89. D’aussi grands changements d'idées n’auraient pu trouver place dans les têtes des hommes, si elles étaient restées ce qu’elles étaient au douzième siècle. »

Le milieu social, dans lequel nous vivons, est donc en évolution continue ; cette évolution est parallèle à celle du cerveau, qui, modifié chaque jour dans son anatomie même, réagit à son tour sur le milieu social lui-même, en activant

ses transformations successives.

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