LES MALADIES ET LE CORPS SOCIAL
J’ai décrit ailleurs (1) la déformation polysarcique ou par engraissement encore usitée dans certaines contrées de l’Orient.
Toutes les populations primitives ont eu le tatouage. Les Polynésiens, les nègres et les Japonais fournissent aujourd’hui des exemples de ses différentes variétés. Cet usage est d’ailleurs la marque d’un état social inférieur. Il était très en honneur chez les Polynésiens , qui le nommaient fafaou, d’où nous avons fait le mot tatouage ; il était usité chez les populations préhistoriques de la grotte d’Aurignac (Lartet), dans l’ancienne Égypte et chez les Huns d’Attila. Il suffit de rappeler ici la déformation du pied des Chinoises, vieille de huit ou dix siècles, aujourd’hui abolie à Péking par les Tartares.
C’est surtout sur le crâne que les hommes, par suite de je ne sais quelle conception spiritualiste, ont fait porter les déformations volontaires. Tantôt la déformation porte sur l’occipital (Turcs, Maronites, Malais, archipel Hawaï) ; tantôt
sur le frontal (Nouvelles-Hébrides ; macrocéphales d'Hippo-
crate) ; ailleurs elle est fronto-occipitale dressée (Nahuas, Toltèques), ou coûchée (Aymaras, déformation toulousaine ) ; enfin le crâne est parfois bilobé ou même trilobé (Ancon). Ces déformations ne paraissent pas avoir pris naissance daus le milieu social des races dites inférieures ; ce sont les civilisations des races jaunes de l'Amérique, de l’archipel malais et de la Polynésie, qui semblent avoir conçu ce type idéal, réalisé par des appareils que nous nommerions aujour-
d’hui orthopédiques, chez les enfants de certaines castes s0-
ciales. Cet usage a envahi l’Europe par l’Inde et le Caucase, la Chersonèse cimbrique puis la France, avec les Volskes Tectosages à Toulouse et les Volskes Arékomikes à Nîmes.
C'était, dans le milieu social où sont nées ces étranges et barbares coutumes, le seul moyen qu’avaient trouvé les prêétres de ressembler à leurs divinités ; on sait en effet que dans
(1) La Géographie médicale, par le D' A. Bordier ; Paris, Reinwald.