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SUPERSTITIONS

qui était normale à une période précédente, dans sa vie embryonnaire, qui devait disparaître mais qui, par exception, a été maintenue, alors que les autres organes ont suivi leur développement normal ; les superstitions sont de même la persistance, dans un état social relativement avancé, de croyances, qui avaient leur raison d’être dans les phases précédentes, mais qui ne sont plus en rapport avec le niveau général des autres connaissances ; elles constituent dans le corps social une anomalie, une véritable monstruosité.

Quand l’atavisme social, autrement dit le respect de la tradition et le culte du passé, multiplie par trop, dans une société des idées devenues , en quelque sorte, fossiles, la civilisation demeure stationnaire.

Toutes les superstitions sont connexes de l'ignorance : — tatouage, sa persistance avec d’autres superstitions chez les criminels. — Lésions prétendues esthétiques alliées chez la femme à d’autres superstitions. — Su-

perstition des déformations craniennes. — Leur persistance.

Il est bon, d’ailleurs, de remarquer que ces phénomènes d’atavisme intellectuel s’observent surtout chez les sujets qui sont le moins avancés en évolution, chez ceux qui ne représentent que du passé accumulé, et qui n’ont encore rien ajouté par eux-mêmes au capital intellectuel légué par leurs ancêtres, chez les illettrés, les retardataires. Qu'on jette les yeux sur la carte de l’instruction primaire en France ; on verra que les pays les plus pauvres en intelligence sont aussi les plus superstitieux, les plus religieux et les plus attachés aux institutions politiques du passé.

Nous ne pouvons mieux comprendre la permanence des swperstitions dans l’esprit des peuples, qu’en considérant avec quelle tenacité certaines coutumes enregistrent encore chez nos contemporains les idées d’un autre âge. Le tatouage peut

nous servir d'exemple : cette habitude, qui consiste à figurer des dessins sur la peau, soit en y faisant pénétrer une matière colorante, soit en déterminant des cicatrices en suivant les lignes qui doivent former le dessin, fat de tout temps et est encore en honneur chez les populations primitives : j’en ai dit un mot précédemment. Or chez qui retrouvons-nous aujourd’hui cet usage? chez les populations de notre pays qui

sont restées retardataires ; à mesure que la civilisation s'étend,

on le voit disparaître. On ne le retrouve plus que chez les hommes qui ont conservé, avec l’organisation cérébrale de l’homme primitif, ses habitudes de force brutale, d’entraînement égoïste, chez ceux qui, réactionnaires d’un genre particulier, n’ont pu suivre l’évolution de la société qui les entoure, chez les criminels (1). C’est en effet dans le monde des bagnes et des prisons, qu’on observe chez nous ces tatouages capables de faire envie à un Polynésien, véritables poèmes personnels, en rapport avec l’état cérébral de celui qui les porte.

Les plus attardés en civilisation ne se passent plus, il est

vrai, d’anneaux dans le nez, comme les sauvages ; mais quel-

ques paysans arriérés en portent encore dans le Jobule de l’oreille ; cet antique usage survit chez les femmes, qui, par tant de côtés, mais surtout par les superstitions, se rapprochent de l’homme enfant et gardent, comme par un héritage plus direct, les traditions du passé. Les religions ne se font pas faute d'exploiter cette tendance du caractère féminin. Les femmes n’entourent-elles pas encore leurs poignets de bracelets, sans se douter que ce sont les vestiges d’anneaux plus massifs et moins élégants, que leurs maîtres employaient pour les entraver, au temps où elles étaient esclaves? Ne se parent-elles pas de porte-bonheur ? c’est là une superstition qu'elles partagent avec les joueurs, convaincus de la puissauce d’un talisman, comme l’est un Néo-Zélandais de la vertu des dents de requin

(1) Consulter : Étude sur une série de crânes d’assassins, par le D' A, Bordier, dans le Bulletin de la Société d'anthropologie.

1 TR ÉRE

Me 0 à.

DÉFORMATIONS CRANIENNES Al

ou des coquillages percés d’un trou, suspendus au cou et au poignet.

C’est encore par la persistance des antiques usages auxquels on n'ose plus déroger, c’est, autrement dit, par superstition, que les déformations volontaires du crâne ont persisté en

France jusqu’à ce temps. Cet usage décroît, il est vrai, petit

à petit, mais lentement. En fouillant des sépultures du Caucase, contemporaines d’Homère, Chantre a trouvé 20 % de crânes déformés ; c’est la déformation décrite par Hérodote chez les Cimmériens et par Hippocrate chez les Macrocéphales. On retrouve la survivance de cette déformation pendant plus ou moins longtemps en Hongrie, dans le Tyrol, en Italie, dans le Jura, en Belgique où elle a persisté fort tard, chez les Germains où elle a vécu jusqu’au seizième siècle, à Paris où elle a persisté jusqu’en 1741 au moins ; enfin elle a survécu jusqu’à ce jour dans la Seine-[nférieure, dans les Deux-Sèvres, à Toulouse et à Nîmes. Elle diminue néanmoins et elle se rencontre plus fréquemment chez les vieillards que chez les enfants : M. Delisle a en effet examiné, à ce point de vue, les 650 habitants d’un petit village près de Toulouse : or, de cinq ans à treize ans, la moyenne des enfants dont le crâne avait été déformé était de 13 %; elle était de 25 % de quinze à vingt ans ; elle était de 40 % de vingt-cinq à cinquante ans ; enfin elle était générale (100 %) au delà de cinquante ans. Cette superstition, entretenue par la croyance aux bons effets produits sur les vers, les convulsions ou la gourme par la compression du crâne avec un serre-tête, un bandeau, un béguin ou des rubans, comme jadis avec des planchettes, est, on le voit, en bonne voie de disparition. Cela est fort heureux, car les recherches de Regalia ont montré que ces déformations, usitées chez les Incas, donnaient lieu à de fréquentes exostoses du crâne : 24 % des crânes d’adultes portent des exostoses et beaucoup d'enfants semblent être morts pendant que l'appareil était appliqué; Broca, dans les déformations modernes, à trouvé des méningites ; on comprend qu’en 1585

le synode de Lima ait interdit aux Indiens de se déformer le crâne et que le gouverneur de Lima ait renouvelé cette défense en 1552. Broca s’est assuré que la déformation toulousaine diminuait le poids et le volume du cerveau ; Lunier à montré que cet usage était une cause fréquente d’aliénation, d’idiotie ou d’épilepsie.

Si cette coutume barbare a disparu, je n’en puis malheureusement pas dire autant de toutes les autres : nous constaterons, en parlant de l'éducation, qu’il y a des déformations cérébrales qui ne se voient pas!

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