LE SURNATUREL. S
surnaturel et où la physique ne laisse plus rien à dire à la métaphysique.
À une époque d’ignorance, alors que, dans Ja nature, tout étant inconnu, tout était objet de frayeur, il était naturel que l’homme expliquât tous les phénomènes par l’action de causes animées, à forme humaine ; l’anthropomorphisme, qui régnait alors et qui est loin d’avoir aujourd’hui disparu, était alors excusable. :
Incapable d'expliquer ses rêves autrement que par un voyage effectué par lui-même, sans cependant que son Corps y ait pris part, puisque des témoins lui certifiaient qu’il n’avait pas bougé de la nuit et qu’en même temps il avait la certitude d’être allé à la chasse ou de s'être battu avec un ennemi, l’homme primitif était bien excusable de sortir d’embarras, en supposant que son Moi visible était l’enveloppe d’un Moi invisible et plus libre. La croyance à l’âme et aux esprits avait alors sa raison d’être. Telle est encore aux îles Fidji, chez les Néo-Zélandais, à Bornéo et chez les Malgaches, l'explication des rêves. |
De cette croyance erronée, l’homme ignorant poursuit très logiquement les conséquences, comme ces fous qui, se croyant empereur, où dieu, ou chien, ou loup, raisonnent très logiquement sur ce thème absurde : il admet très logiquement que, puisque l’esprit peut laisser le corps chevaucher seul pendant une nuit, celui-ci doit bien mieux voyager encore quand le corps, au lieu de dormir, est mort! De là la croyance aux revenants et à l’immortalité de l’âme. Toujours logiques, certains peuples ne s’aventurent pas là où ils craignent de rencontrer des revenants, sans être munis d’un petit crochet au bout d’un bâton : on fouille l’air autour de soi avec ce crochet promené dans toutes les directions, et on a ainsi toutes les chances de saisir au passage l'esprit errant et de se mettre à l'abri de ses indiscrétions. Aux îles Nicobar, le prêtre, une fois par an, fait entrer les âmes errantes dans un canot en procédant à grands coups de tam-tam,un peu comme, chez
nous, les paysans font entrer dans une ruche un essaim d’abeilles ; lorsque le canot est réputé rempli d’esprits, on le coule an fond de la mer. Les anciens Péruviens jetaient de la farine devant la porte de leurs maisons, pour voir, le matin, aux empreintes laissées par les esprits, si ceux des morts n'étaient pas venus les visiter. Dans la même pensée les Juifs mettaient de la cendre ; c’est dans le même but que tant de peuples avaient et ont le soin de déposer auprès du mort des armes, des aliments et même de l’argent pour les besoins de l'esprit, lorsqu'il lui prend fantaisie de revenir habiter le corps, qui, ce jour-là, ressuscitera d'entre les morts.
Une fois qu’elle a quitté le droit chemin, l'imagination ne s’arrête plus : une fois partis pour leurs voyages, les esprits n’ont aucune raison pour ne pas s'arrêter, comme dans une hôtellerie, dans quelque corps vivant et remuant ; introduits dans ce logis d'emprunt, ils sont bien libres, en vérité, de toucher à tout, de tout remuer, de tout bouleverser. Il était logique de penser que les malades qui avaient des convulsions, que ceux qui faisaient des gestes involontaires, portaient, en réalité, en eux quelqu'un de ces esprits qui en était maître, qui les possédait et qui s’amusait à tirer les ficelles attachées aux membres du pauvre pantin. Cette opinion règne encore au Congo comme chez les Kalmouks. C’est par une interprétation analogue, que les nègres africains attribuent, dit Livingstone, à des esprits logés dans certaines roches, le crépitement qu’elles font entendre, lorsqu'elles sont chauffées par les rayons du soleil.
De plus en plus logiques, nos pères avaient sagement déduit de leur conception de la possession, que, puisque le malin esprit s'était logé dans la cervelle des fous et les faisait divaguer, le seul moyen de mettre fin à ce désordre était de faire un trou à la tête du possédé : l’esprit sortirait bien par là, comme il sort par la fenêtre qu’on a soin d'ouvrir dans la chambre où une personne vient de mourir. Nos pères, comme encore aujourd’hui les sauvages, pratiquaient donc la
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