‹ La vie des sociétésChapitre 56 sur 208 · LE SURNATUREL · texte numérisé non relu

LE SURNATUREL

trépanation pour ouvrir la porte à l’esprit ; cela est au moins plus logique que l’exorcisme.

Tout cela semblait alors naturel ; mais la science à si bien montré depuis l’inanité de ces doctrines, que ceux qui les partagent encore sont forcés de les regarder eux-mêmes comme d’un domaine surnaturel! 11s sont donc, en réalité, beaucoup moins logiques que leurs ancêtres : ce qui était chez eux normal, devient de notre temps une monstruosité, quelque chose comme la persistance du trou de botal dans le cœur d’an mammifère. Tel croit, comme ses ancêtres éloignés, aux esprits et à leurs voyages, qui n’oserait plus se tatouer

comme eux, porter comme eux un anneau dans le nez ou

chasser tout nu dans les bois avec un caïllou de silex emmanché au bout d’un bâton. L’anachronisme ne serait cependant pas moindre ! |

Pourtant l’histoire nous montre combien est grande la persistance de ces idées fausses. Toutes les fois en effet que deux peuples se sont rencontrés, que deux institutions anciennes se sont heurtées, ce conflit, loin d’entraîner la destruction de tout le bagage des sottises, en a, au contraire, amené la superposition : les superstitions du paganisme ont été adoptées par les chrétiens ; à celles des Romains et des Gaulois se sont ajoutées celles des Francs ; les évêques n’ont combattu que celles qui pouvaient nuire à leur domination. Les talismans, que Paracelse définissait des boîtes où l’on renferme des indulgences, y ont été remplacés par les reliques des saints, les scapulaires, les médailles ; au dix-septième siècle (1622), on proposa, pour prendre les villes de la Rochelle et de Montauban, d’enrôler toute l’armée dans la confrérie du Rosaire; chaque soldat devait porter sur lui un chapelet bénit par un religieux jacobin ; récemment encore la France n’a-t-elle pas été vouée au Sacré-Cœur? |

Le culte des arbres s’est conservé jusqu'à nos Jours : un certain arbre dans la forêt de Saint-Germain est encore un but de pèlerinage. Quant au culte des sources et des fontaines,

les pèlerins de Lourdes et de la Salette sont là pour protester . contre sa disparition.

La doctrine du spiritisme ne fleurit-elle plus? Il y avait en 1852 plus de 300 cercles spirites à Philadelphie. Elle est pourtant presque aussi vieille que l'humanité : le perisprit des spirites, c’est le corps enveloppe de l’âme ; la théorie du voyage de l’esprit d’un corps dans un autre, théorie qui à fait passer de si doux moments aux spirites, est fille de la métempsycose. Les Védas de l’Inde admettent encore que l’âme va s’épurant de corps en corps jusqu’à ce qu’elle devienne pur Brahma! La foi est plus HD qu'aucune conviction : les tribunaux mettent en vain à nu les escroqueries de la photographie spirite ; rien ne peut altérer la sérénité d’un croyant! Tout, même les preuves les plus accablantes, concourt au contraire à la raviver.

Il y a quelques années, alors que sévissait en Amérique et même en France une véritable épidémie de médiums, le D' Austin Flint, de Buffalo, montra que les bruits attribués aux esprits frappeurs étaient produits dans la boîte du genou des médiums, par le frottement volontaire du tibia contre l'extrémité inférieure du fémur; il prit en flagrant délit le genou même des demoiselles Fox, célèbres médiums de la ville ; cela n’altéra nullement la foi, au contraire! Schiff a d’autres esprits (?) produire le même bruit au moyen de la contraction, toujours volontaire, du muscle long péronien latéral du médium. Il produisit lui-même, devant l’Académie des sciences, avec ses propres muscles, le bruit sacramentel], en 1854; on sentait à ce moment le tendon de son muscle glisser sur la gaîne et passer derrière la malléole. Jobert de Lamballe a observé pendant plusieurs années une jeune fille qui produisait le bruit rappeur par les contractions, cette fois involontaires, de plusieurs muscles. Velpeau a surpris le même truc dans l'articulation de la hanche, dans celle de l'épaule ; Cloquet a constaté que le bruit non moins cabalistique de fowrne-broche était produit, chez une jeune fille, par

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