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voir là une sorte de mimétisme, qui met les hommes à l’abri de l’accueil le plus souvent fait à ceux qui se permettent de penser en dehors du commun! En semblable matière la multitude est généralement passive. C’est ainsi qu'il est parfois donné à un très petit nombre de mystiques de bouleverser tous les cerveaux de leur voisinage et que, comme un incendie qui gagnerait de proche en proche, le milieu social peut être contaminé par quelques hallucinés. Par une terrible réciprocité, le milieu social ainsi bouleversé enfantera d’autres aliénés, qui porteront plus loin les mêmes ravages, tant il est vrai qu'il importe à la sécurité publique de réagir contre ces fâcheuses tendances de l’esprit, alors même qu’elles ne sont d’abord qu'individuelles! « Il y a des folies qui se prennent comme des maladies contagieuses, » dit La Rochefoucauld ; elles sévissent surtout chez les femmes, car &« imiter est un privilège de la femme, surtout hystérique ». (Briquet.)
Les idées religieuses font souvent naître, dans le milieu social, une véritable folie religieuse, Aysterical religion, comme ont dit récemment les Anglais, à propos d’une épidémie de ce genre observée en Irlande. J’ai décrit ailleurs (1) les épidémies de choréomanie, de démonolâtrie, de théomanie et, d’une manière générale, la contagion nerveuse observée, pendant le moyen âge, dans différents pays et notamment en France. Je me borne ici à rappeler les cicètes, au septième siècle, et les diverses épidémies de choréomanie qui ravagèrent l’Europe pendant le moyen âge, mal de Saint-Jean, flagellants, tarentisme; il me suffira de rappeler le grand rôle du démon, des incubes, des succubes, des loups-garous, et la lycanthropie, et la possession des nonnaïns, etc., les épidémies de théomanie et les convulsions prophétiques des Cévennes. Je renvoie le lecteur à la description que j'ai donnée de ces nombreux faits dans ma Géographie médicale.
Il ne faudrait pas croire que de semblables faits ne s’obser-
(1) La Géographie médicale, par le D' A. Bordier.