AUTOMATISME CÉRÉBRAL
tions précédentes. C’est ainsi que la rétine, qui a la sensation de la lumière lorsqu'un rayon lumineux la frappe, éprouve la même sensation lorsqu'un coup de poing frappé sur l’œil vient à l’exciter : elle n’est plus propre qu’à cette excitation. Un malade, dont l’histoire à été racontée et publiée par le D” Mesnet, peut servir d'exemple de cette mémoire automatique des cellules cérébrales.
Un zouave, à Bazeilles, avait été frappé, pendant qu’il faisait le coup de feu, d’une balle à la tête; à la suite de troubles cérébraux consécutifs, cet homme était devenu sujet à des accès de somnambulisme : si, pendant ces accès, alors qu’il se
. promenait sans rien voir, comme dans un rêve, on lui plaçait dans la main un bâton ayant la forme d’un fusil, immédiatement, sous l’influence de ce très léger diminutif de la grande excitation reçue par son cerveau, le jour où il fut frappé à Bazeilles son fusil à la main, le groupe de cellules jadis si fort intéressé éprouvait la sensation de Bazeïlles, comme l’œil, sous un coup de poing, éprouve la sensation de la lumière; sur l’ordre de ces cellules, le branle-bas de son cerveau sonnait ; l’éréthisme cérébral devenait général autour de l’idée « com-
bat de Bazeilles »; l’ancien zouave, appelant ses camarades, désignant les Bavarois qui le menaçaient, s’abritait derrière un arbre, mettait genou à terre, faisait le coup de feu et exécutait un massacre des Bavaroïis, dont l’image brillait dans son cerveau. Le seul attouchement de queique chose qui lui donnait la sensation d’un fusil, avait suggéré à son cerveau préalablement impressionné l’idée du combat de Bazeilles, qui y avait laissé une trace ineffaçable!
Une odeur, un son, un mot, n’évoquent-ils pas parfois, dans notre souvenir, tout un paysage depuis longtemps oublié, toute une scène dont le souvenir avait disparu depuis longtemps? mais c’est en voyant pour la première fois ce paysage que cette odeur, ce son ou ce mot, nous avaient déjà frappés. Une simple sensation a encore ici suggéré ou rappelé à notre cerveau tout un monde d’idées.