POPULATIONS EUROPÉENNES
Tant que la densité ne dépasse pas une certaine limite, qui engendrerait la misère, on peut dire que plus une population est dense, et plus la lutte pour l’existence doit amener, par sélection, une amélioration de la masse ; plus les chances sont grandes de voir naître un homme dont l'intelligence accroftra le bien-être et le bonheur de son pays; plus la terre sera cultivée, plus grand sera le rendement du pays. Si l’émigration, faisant l’office d’une soupape, permet à cette densité de ne pas dépasser les limites physiologiques compatibles avec le stock alimentaire du pays, on peut dire encore que l’influence qu’un pays exerce dans le monde, augmente avec sa densité ; enfin, il est incontestable que, dans la lutte qui a lieu entre les nations, la plus forte, celle qui aura le plus de chances d’écraser ses voisines tant sur les champs de bataille que dans les luttes pacifiques de l’industrie, sera celle qui aura le plus grand nombre de citoyens sur un espace donné. |
Trop de pages ont été écrites, dans ces derniers temps, sur notre faible natalité et sur notre accroissement considérablement plus lent que celui de nos voisins, pour que j'insiste beaucoup, dans ce chapitre, sur un sujet dont J'aurai d’ailleurs l’occasion de reparler plus loin. Je ne puis cependant méconnaître les conséquences de notre densité relativement moindre que celle de nos voisins : l’infériorité relative de notre densité ressort de la lecture du tableau suivant, qui exprime le nombre moyen des habitants par kilomètre carré :
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Or, ainsi que je l’ai développé dans une autre occasion (1), il en est de deux populations voisines et de densité inégale
comme de deux liquides ou gaz de densité inégale : le plus
dense se déverse sur le moins dense. Nous avons vu, tantôt sous la forme d'ouvriers, tantôt sous celle de soldats, les Allemands se déverser sur nous; les ouvriers italiens accaparent la main-d'œuvre dans nos départements du sud-est, comme les Belges le font dans le nord-est : c’est de même que les Chinois inondent l’Europe. |
Cette différence de densité et ses conséquences économiques iront encore en s’accentuant davantage, car l’accroissement de l'Allemagne est actuellement six fois plus rapide que celui
de la France : il est de 1,14 % dans le premier de ces pays et de 0,20 % dans le second.
Si, au lieu de ne considérer que l’Europe, nous considérons
la terre entière, nous serons frappés d’une différence bien autrement importante dans la densité des diverses populations qui vivent à sa surface : il serait aisé de prévoir à quels courants humains donnera lieu, dans un temps plus ou moins éloigné, cette différence de niveau entre les groupes sociaux : la densité moyenne de l’Europe tout entière est de 34 habitants par kilomètre carré, moyenne qui se trouve ainsi abaissée par les chiffres respectivement bas de la densité en Russie, en Suède et surtout en Norwège. La densité moyenne de l’Asie est de 18, et ce chiffre serait bien plus faible sans l’appoint fourni à la moyenne par la Chine et le Japon. Celle de l'Afrique est de 7; celle de l’Océanie de 3; celle de l'Amérique du Nord 8,2 ;celle de l'Amérique centrale 9,6 ; celle de l’ Amérique du Sud 1,9. Aux États-Unis, la moyenne est de 5,5 par kilomètre carré, mais la diversité est grande entre tels et tels États : la
moyenne est de 86 dans Rhode-[sland, elle n’est que de 0,2 dans le Névada. Diversité écalement, mais moins considérable,
(1) La Colonisation scientifique, par le D' Bordier ; Paris, Reinwald, 1 vol. in-8°,