‹ La vie des sociétésChapitre 70 sur 208 · MENTAL-STRAIN · texte numérisé non relu

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et l'Amérique s’effraient de la concurrence; c’est pour la même raison que l’ouvrier belge et le terrassier piémontais sont moins chers que l’ouvrier français. C’est ainsi que le milieu social d’un pays se trouve lui-même intimement lié au milieu physique et géographique de ce pays.

Il en est en outre du milieu social comme du milieu at-

… mosphérique : lorsque le milieu atmosphérique est trop dense, - que la tension de l'oxygène y est trop considérable, des désordres surviennent dans les organismes qui y sont plongés. Or le milieu social agit sur les hommes par l’intermédiaire de leur cerveau : c’est lui l’organe social. Lorsque la tension sociale est trop forte, l'organe se détraque : l’aliénation augmente avec la densité du milieu social.

Les médecins américains décrivent, depuis quelques années, dans les populeuses cités des États-Unis, où l’activité commerciale et industrielle atteint son suwmmum actuel, un état de surmenage cérébral auquel ils donnent le nom de #ental strain; cet état, caractérisé par de l’insomnie, des cauchemars et une difficulté croissante de se livrer à un travail continu, se

termine par la paralysie générale et par la démence; il s’observe sur les commerçants, sur les industriels, sur les journalistes, etc.

Il n’est pas étonnant, d’ailleurs, que le cerveau se fatigue d'autant plus qu’il travaille davantage : aussi, dans tous les pays, le nombre des aliénés va-t-il croissant avec l’intensité de la civilisation. En Europe, les professions libérales, où celui qui les remplit exerce davantage sa responsabilité, son indépendance et tout ce qui constitue par conséquent le mode fonctionnel le plus élevé de son cerveau, présentent plus d’ahiénés (3,10 pour 1.000) que les professions où l’activité cérébrale est moindre, comme celle d’employé (0,42 pour 1.000). Je renvoie le lecteur, qui désirerait plus de détails sur cet important sujet, à mon livre de Géographie médicale.

On arriverait exactement au même résultat de classification, si au lieu de prendre l’aliénation comme point de départ,

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on prenait le volume du crâne ; si, dans les pays habités par

plusieurs races, l’aliénation affecte, pour chaque race, des chif-

fres différents, cela tient donc moins à la race elle-même qu’à son degré de vie intellectuelle ; ainsi, à la Guyane, le nombre des aliénés, proportionnellement aux représentants de chaque

race, est, pour 1.000, chez les créoles de l’Inde, de 0,41 ; —

chez les coolies hindous, de 0,82 ; — chez les Portugais, de 1; — chez les Chinois, de 1,59.

Dans une liste de fréquence de l’aliénation croissante vient . d’abord l’Irlande ; après l’Irlande vient le Brésil, où le nombre des aliénés est de 1,25 sur 1.000 habitants ; puis, viennent, dans un ordre croissant, la France, où l’on compte 1 aliéné sur 412 habitants, soit 2,37/1.000 ;la Prusse 2,21/1.000 ; l’Angleterre, 2,62/1.000 ;legrand-duchéd’Oldenbourg,3,64/1.000 ; . l'Italie, 17,07/1.000. Ce chiffre élevé est dû à la pellagre, cause fréquente de la folie. Mais de tous les pays civilisés le plus frappé est la Chine : les Chinois émigrés en Amérique donnent 1 aliéné pour 1.000.

Il importe du reste de rappeler ici, que, dans tous les pays , le nombre des aliénés va croissant avec la civilisation. Le docteur Hack Tuke, dans une remarquable étude sur la fréquence des causes d’aliénation mentale chez les anciens, pense, avec raison, que les causes que nous nommons morales ont peu de prise sur la santé mentale des sauvages; bien que superstitieux et fanatiques, ils sont exposés à moins de perplexités que nous; ils sont étrangers aux angoisses, aux déceptions et aux luttes de la vie civilisée ; le sentiment est peu développé chez eux. Étudiant, au même point de vue, une période beaucoup plus avancée de la civilisation, celle où se trouvaient les Égyptiens, le docteur Tuke fait remarquer que, sous ce régime despotique et théocratique, les souffrances du peuple étaient sans doute considérables, mais qu’elles avaient pour effet de le décimer plutôt que le pousser à l’aliénation mentale ; là encore les influences morales tenaient peu de place, l'initiative individuelle était nulle ;

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