FATIGUE CÉRÉBRALE
un pouvoir despotique réglait à l’avance l’existence de chaque homme : avec une pareille organisation sociale, il n’y avait aucune place pour les luttes politiques ou les angoisses commerciales. C’est pour un motif analogue que l’aliénation men- tale est plus fréquente aujourd’hui chez les nègres peu civilisés de l’Afrique mais libres, que chez les nègres plus civilisés mais esclaves de l'Amérique. Poursuivant son enquête, le docteur Tuke constate que l’aliénation mentale était rare dans les premiers âges de la Grèce, « où la constitution du pays, soumise au despotisme monarchique, était peu compatible avec la liberté d’action et de penser. Cet état social disparut avec les oligarchies qui gouvernèrent les Hellènes dans des temps plus avancés. Alors l’émancipation des esprits rendit plus fréquente la perte de l’équilibre des pouvoirs mentaux. Tous les éléments de la vie civilisée, passions politiques, discussions religieuses et philosophiques, se réunirent pour agir puissamment sur les esprits. » C’est ainsi que, dans nos sociétés modernes, les commotions politiques, les kraks financiers augmentent le nombre des fous.
Le suicide, qui n’est, le plus souvent, qu’une des formes de l’aliénation mentale, va lui-même en augmentant de fréquence avec la civilisation : rare chez les autres animaux, qui en présentent toutefois des exemples non douteux, il est plus fréquent chez le civilisé que chez le moins civilisé. Ce siècleci l’a vu augmenter dans l’Europe entière. En Italie, sa fréquence a passé de 30 à 50 par 1.000.000 ; en France, de 130 à 180 ; en Angleterre, de 66 à 77; en Prusse, de 121 à 191 ; en Autriche, de 74 à 124 ; en Belgique, de 54 à 105. Il
augmente en somme avec l’ambition, avec l’activité, c’est-àdire avec les déceptions et la lassitude de la vie, qui en sont la conséquence. Cela est si vrai, que l'Espagne, ce pays mort et enseveli jusqu’à nouvel ordre sous les lourdes ruines d’un passé monarchique et clérical, est le seul de l’Europe où le suicide n’ait pas augmenté. Il a diminué : de 36 son chiffre est tombé à 26!
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Tout en reconnaissant cette influence, il faut cependant se. mettre en garde contre une apparence trompeuse, due au grand. nombre des fous qui délirent, à un moment donné, sur le“ même sujet. Comme je l’ai dit ailleurs, tout en reconnaissant
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l’influence des événements sur le rombre des fous, il faut reconnaître qu'ils influent aussi sur la #ature de la folie. II À semble que les événements politiques wrilisent les fous, les mettent en valeur, au moins autant qu’ils Les créent : inspirés, prédicateurs et prophètes, utopistes financiers, inventeurs, électriciens, politiciens et policiers, sont les rôles que se.
partagent les fous et qu’ils accaparent suivant les circonstances, suivant le milieu social où ils vivent.
La question de la densité du corps social est d’ailleurs «
très complexe. On peut l’aborder par l’étude de la natalité, par
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celle du mariage, etc. : nous aurons donc l’occasion de revenir :
à elle. Dès ce moment nous pouvons associer l’étude de la :
densité de l’organisme social à celle du milieu social spécialement considéré dans les villes, en étudiant le milieu social
urbain.