‹ La vie des sociétésChapitre 78 sur 208 · MALARIA URBANA. F · texte numérisé non relu

MALARIA URBANA. F

Insalubrité des villes. — Malaria urbana. — Microbes. — Les conditions insalubres augmentent avec la densité de la population. — Le paupérisme est caché dans les grandes villes sous le décor du luxe. — Les garnis. — Du rôle de l'État en matière d'hygiène, — Dangers du s0cialisme d'État et de la centralisation. — Le remède est dans la coopé-

ration et dans la spéculation industrielle. — Nécessité du réveil de l’initiative individuelle et de la décentralisation.

I] ne faut pas croire cependant qu’on ne meurt dans les villes que par le cerveau. J’ai dit plus haut que cette population d'adultes vigoureux, dont l’âge était celui de la moindre mortalité, était beaucoup plus frappée que la population rurale cependant moins choisie et en apparence plus exposée à la mortalité, puisqu'elle a plus d’enfants et plus de vieillards : c’est qu’en dehors des conditions mêmes qui résultent de l’intensité de la lutte pour la vie, le milieu urbain présente des conditions atmosphériques très défavorables à la santé : défaut de lumière, défaut d’air, fréquence de la tuberculose et de la fièvre typhoïde, tout l’ensemble de conditions mauvaises auquel on a donné le nom de malaria urbana.

Les travaux modernes ont décelé la présence dans l’atmosphère des villes d’un nombre considérable des spores, de bactéridiens et d'organismes microbiens divers. D’après les recherches de Miquel, tandis qu’un volume d’air donné contient à Montsouris 82 microbes, le même volume d’air en contient 234 dans Paris, rue de Rivoli, et 6.166 dans une salle de l’Hôtel-Dieu! Le nombre de ces microbes varie, d’ailleurs, avec les saisons et avec un certain nombre de phénomènes météorologiques. Dans tous les cas , la courbe de leur fréquence est toujours parallèle à la be de la mortalité urbaine. Leur importance se trouve ainsi suffisamment démontrée.

Ces conditions propres à l’atmosphère des villes sont encore agoravées par la densité de l’agglomération et varient, par conséquent, avec les quartiers. Ainsi la densité moyenne de la population est pour Paris de 329 habitants par hectare; mais, dans certains quartiers, la densité est trois fois plus considérable : elle est de 1.165 dans le quartier Bonne-Nouvelle ; il est vrai qu’elle n’est que de 79 dans celui de la Madeleine; à Londres, elle n’est que de 103; elle n’est que de 59 à Berlin.

Cette densité serait par elle-même moins grave, si elle n’était compliquée de l’insalubrité d’un grand nombre de logements; or cette insalubrité dépasse tout ce que l’imagination pourrait rêver. [Il faut avoir vu de près et étudié sur nature le paupérisme des grandes villes, pour se faire une idée des conditions que tant d'hommes, en venant les chercher dans les villes, troquent, de gaieté de cœur, contre le grand air, le soleil et la vie modeste maïs saine des champs. Le docteur Du Mesnil a récemment fait un voyage d'exploration dans les quartiers exclusivement habités par des malheureux et qui semblent être là pour protester, antithèse puissante, contre le luxe et la vanité qui les entourent!

Peignant un des coins de la cité des Kroumirs, M. Du Mesnil s'exprime ainsi : € Qu'on s’imagine un terrain de 30 mètres de « largeur et de 150 mètres de longueur environ, en pente vers « larue Jenner, sans issue et sans écoulement d’eau vers cette « rue. Au milieu de ce terrain un chemin en terre grasse, dé- « trempé par la moindre pluie et rendu infect par les détritus « et les déjections de toute espèce qui s’y sont incorporés. De « chaque côté de ce chemin, des abris, plutôt que des baraques, « construits en vieux matériaux, en paillassons, en loques, « en tout ce que l’ingéniosité de la plus poignante misère peut « assembler et coudre pour se préserver de l’intempérie « des saisons. Près de quelques-uns de ces réduits une fosse « en terre, quelquefois un tonneau enfoncé dans le sol, sert « de cabinet d’aisances. Un peu partout des ordures ména- « gères, des matières fécales, des débris de toute sorte. On

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