‹ La vie des sociétésChapitre 79 sur 208 · LA CITÉ DES KROUMIRS · texte numérisé non relu

LA CITÉ DES KROUMIRS

comprendra maintenant pourquoi cette cité a reçu un surnom qui fait image : 4 cité des Kroumirs…

« Mais, ajoute-t-il, le vice de la situation et, 1l faut bien le dire, la cause de tout le mal, c’est que le sol de la cité des Kroumirs n'appartient pas aux constructeurs, mais à l’Assistance publique, qui le donne à bail à un principal locataire, à la condition qu’en le prévenant six semaines à l’avance elle pourra rentrer en possession du terrain et faire disparaître les constructions.

« Sil’Assistance publique prenait à tâche de créer des malades pour alimenter ses services hospitaliers, elle n’agirait pas autrement, car, en présence de la situation qui leur est faite, ceux qui bâtissent sur ces terrains, se sentant toujours sous l’imminence d’une expulsion, construisent au meilleur marché possible et se bornent à se faire un abri insuffisant au lieu de se construire un logement salubre. »

Dans le XIII° arrondissement, il décrit ainsiune autre instal-

lation : « Maison R. — La maison R est une voiture de saltim-

banques hors de service, où résident six personnes d'âge et de sexe différents, dans un état de promiscuité repoussant. Le coin de terre sur lequel est posée cette voiture est couvert d’immondices accumulées chaque jour et que des volailles en liberté étalent sur toute la superficie. Pour diminuer l'encombrement dans la voiture, on vient d'y adosser un hangar en planches, de 13 millimètres d'épaisseur ayant au minimum 1,60, au maximum ?2",10 de hauteur, et dans lequel on a placé deux lits de camp en bois. Ce hangar, dont le sol est en terre, qui est couvert en carton bitumé, est éclairé par des châssis dormants. Il sert en même temps de remise à l’orgue d’un infirme qui loge dans la voiture. II n’y a pas de cheminée, pas de cabinets d’aisances dans ce hangar. Cette installation est louée 160 francs par an. »

Plus loin la æaison P. — « Une baraque divisée en quatre

pièces, dont deux sont sous-louées en garni, constitue cette habitation, qui estlouée 200 francs annuellement par un chif-

« fonnier. Le mur de fond est formé par des planches clouées « de place en place sur le mur de la maison voisine. Ces « pièces n’ont d’autres moyens d’aérage et d'éclairage que la « porte vitrée par laquelle on y pénètre. Dans le milieu de l’un $ « de ces logements est étalé le chiffonnage de la nuit précé- à « dente. Nous trouvons là une femme aveugle et un enfant «

& borgne par suite d’ophtalmie purulente. à « La cour sur laquelle ouvrent tous ces logements à rez-de- « chaussée est un cloaque fangeux, d’où s’exhalent des odeurs

« fétides. La cause de l’insalubrité est l’aménagement tout à « fait spécial du cabinet d’aisances qui y existe ; il consiste en : « un trou en terre de peu de profondeur, entouré de trois 4 « cloisons en osier, à hauteur d'appui et sur lequel on a posé « deux planches distantes de 20 à 25 centimètres. Lorsque « cette fosse est pleine, ce qui arrive fréquemment, vu le peu L

« de profondeur qu'on lui donne, on enlève le cabinet, on ! « creuse un autre trou quelques mètres plus loin jusqu’à sa « turation du sol. Grâce à ce cabinet ambulant, déplacé plu- ; « sieurs fois depuis l'existence de cet immeuble, on a infecté « tout le sol du voisinage. Ÿ « Enfin, dans un bâtiment au fond de la cour, au rez-de- 3

« chaussée, en contre-bas du sol de 0,20 centimètres, existe É « une chambre qui n’a d’air que par un petit châssis, ouvert É « sur la sortie des cabinets d’aisances, horriblement sales, qui à « desservent l’immeuble. Il y a là quatre lits, placés sur deux « rangs en profondeur. La pièce cube 29,57, c’est-à-dire 1 &« environ 7 mètres par individu ; elle est sombre, sans che- É « minée, humide. Nous y arrivons avant que les locataires ne Ë « soient levés, l’odeur nauséabonde qu’on y perçoit dépasse « toute prévision. 35 centimes la nuit, 10 à 14 francs par } « mois, sont les prix des loyers. » à Paris n’a pas le triste privilège de ces misères. L’Allemagne n’a rien à nous envier sous ce rapport : la promiscuité 4 est même, dans plusieurs villes de Prusse, plus grande encore, : par suite de l'habitude qu’ont certains ménages pauvres, pour | -

ds. |

Page 1