L'HYGIÈNE PUBLIQUE
ment que le chiffre de la fortune n’est pas un caractère suffisant de classification des hommes. Aujourd’hui, alors que certains arrondissements, comme le VIIT® et le IX®, voient le nombre des pauvres tomber à 1,65 %, en revanche le XIII: voit sa population pauvre s'élever à 12,87 7; le XX° voit la sienne monter à 12,24.
En dehors du paupérisme même, il est une autre cause, qui contribue à l'encombrement des garnis, c’est l’affluence à Paris d’une population ouvrière de plus en plus nombreuse. C’est ainsi que de 1876 à 1882, d’après le docteur Du Mesnil, le nombre des locataires en garni a augmenté de 2/3, tandis que le nombre des logeurs n’a augmenté que de 1/4. Enfin les ouvriers sont souvent refoulés dans certains quartiers éloignés et maintenus parfois dans des logements malsains, dont ils sont forcés de se contenter, faute de mieux, par l'étrange fantaisie de certains propriétaires, qui refusent de loger les ménages qui ont trop d'enfants ou même ceux qui en ont plus d’un.
Que faut-il faire pour empêcher les villes de devenir, suivant le mot de J.-J, Rousseau, « le gouffre de l'humanité » ? les législateurs et les économistes oscillent entre deux théories opposées : celle de l’hygiène officielle, forcée et imposée par ordre de l’État ou de la commune ; A du laisser-faire : Entre les deux il est un juste milieu. L'État, à mon avis, se mêle déjà de bien des choses qui ne le regardent pas ; faut-il encore qu’il vienne vérifier si nous nous sommes suffisamment lavé les mains ? J’applaudis à toutes les sages mesures actuellement demandées par les hygiénistes, mais je crains qu'ils fassent fausse route en voulant centraliser la médecine publique comme les postes : l’intention est excellente ; le résultat sera mauvais. Les médecins, à Paris, dicteront des mesures très sages; les bureaux les transformeront en absurdités ; à la périphérie, à l'extrémité du réseau, on ne sentira plus que des mesures vexatoires ou illusoires. C’est ainsi qu'une bonne intention, partie du centre et se transformant en
chemin, aboutira à l’extrémité du réseau à une bêtise administrative! Je partage donc complètement l’avis du rapporteur de la commission des pétitions à la chambre des députés ; voici comment il exprimait son opinion : « Tout en reconnaissant qu’il serait désirable, au point de vue de l’intérêt général, que des institutions médicales plus nombreuses et mieux organisées fassent répandues sur la surface du territoire, cependant la commission estime que c’est plutôt à l'initiative départementale ou communale qu’il appartient de combler cette lacune. L'État a déjà trop d’attributions. Quand l’opinion publique réclame si instamment comme le véritable fondement des libertés publiques une décentralisation effective, on serait mal venu à proposer une organisation qui ferait de la santé publique un service d'État et mettrait le gouvernement dans la nécessité de créer encore de nombreux fonctionnaires émargeant au budget. »
C’est au département ou à la commune qu’il appartient de donner des conseils aux habitants, car en pareille matière, lorsque le cercle s'agrandit, lorsque l’hygiéniste parle de trop loin, le but est manqué ; d’ailleurs, encore faudrait-il que les hygiénistes du département et de la commune fissent leur devoir; or, en 1878, dit M. Vallin, sur 88 conseils départementaux, 25 seulement avaient pu envoyer des rapports imprimés ou manuscrits, complets et intéressants ; 6 rapports étaient insuffisants ; 14 n'étaient que des simulacres de rapports ; 4 étaient négatifs, le Conseil ne s’étant pas réuni, faute d'éléments à soumettre à ses délibérations ; 7 départements enfin ont laissé sans réponse les appels réitérés du ministère et n’ont pas même envoyé d'état négatif.
Le plus sage est, selon moi, de laisser les gens, tout en leur facilitant la tâche, en les conseillant, les guidant et les inspectant, s’arranger pour le mieux. « Ce n’est donc qu’à titre exceptionnel, en temps d’épidémie, que j’admets, dans une mesure restreinte, l’application, par l’autorité municipale, de certaines précautions de police sanitaire, ayant pour but