SYPHILIS
leur rétablissement. Ceux qui se soustrairaient à la précédente ordonnance seront marqués à la joue avec un fer rouge, afin qu’on puisse les reconnaître dans l’avenir. »
Encore aujourd’hui, dans un grand nombre de pays, on soumet les prostituées à des visites ; on punissait jadis les syphilitiques, même ceux du sexe masculin, comme des criminels. « Il n’y a guère plus d’un siècle, dit le D" Colin, que la fustigation préalable à tout traitement ne leur est plus appliquée. » Aucune de ces mesures cruelles, pas plus que celles qui sont aujourd’hui simplement vexatoires, n’a réussi à diminuer le mal! Comment de nos jours des hommes sérieux ont-ils pu proposer « d'établir aux barrières de Paris des bureaux, où chaque personne, homme, femme, fille entrant dans la ville, serait tenue de se faire examiner, de manière à ne laisser entrer aucun vénérien »? comment, plus récemment, a-t-on pu émettre l’idée de demander, sous tous les prétextes, un certificat ou patente nette de syphilis : avant le mariage, avant d'entrer dans une école, avant d’être admis dans la magistrature ou dans l’administration, lorsqu'on veut recueillir une succession, porter uve plainte en justice, voter comme électeur, prendre un passe-port...? »
Sans compter tout ce que ces mesures ont d’odieux, d’arbitraire, et sans tenir compte de l'impossibilité de leur application, comment ne s’est-on pas encore convaincu qu’en matière vénérienne, comme ailleurs, c’est à chacun qu'il appartient de se garantir soi-même? Invoquera-t-on les mesures prises aujourd'hui par les dispensaires contre la prostitution officielle? elles montrent leur inutilité au point de vue de la transmission de la syphilis, car, si rigoureuses qu’elles soient, elles n’atteindront jamais la prostitution clandestine ; or c’est elle qui communique la syphilis. En effet, en 1883, sur 1.733 hommes malades, la contagion a été opérée 1.514 fois par des insoumises. La visite officielle des prostituées officielles ne fait d’ailleurs que donner anx clients de la police une sécurité trompeuse, car la contagion s’est effectuée 219 fois par des filles
inscrites. D une enquête du D' Mauriac sur 5.008 hommes il résulte que 733 ont été contaminés par des filles inscrites, 4.012 par des insoumises et 263 par des femmes non prostituées. D'où 1l est permis de conclure que la protection n’est pas ici efficace et que, le fût-elle, comme on ne peut atteindre la prostitution clandestine et encore-moins agir quand il n’y a pas de prostitution du tout, la visite est au moins inutile, sans compter qu'elle est illégale, attentatoire à la liberté et que, pour être logique, elle devrait s'appliquer aux hommes comme aux femmes. On voit alors où cela conduirait!
Comment d’ailleurs atteindre, fût-ce au prix de la légalité et de la liberté individuelle, une maladie qui prend des formes diverses, qui se cache sous les apparences les moins visibles, sous les états sociaux les plus divers, dans les deux sexes et à tous les âges?
IE est impossible de parler du milieu social des villes sans dire un mot de la fièvre typhoîde, maladie essentiellement sociale, en ce sens qu’elle augmente avec la densité de la population et qu’elle a son maximum dans les villes, surtout dans les grandes cités populeuses.
Les causes de cette fréquence sont multiples et le D’ Colin cite, avec raison, comme les principales : l'encombrement, la défectuosité des latrines, le manque de pente et d’irrigation des égouts, retenant ainsi les matières typhoïdes qui y sont Jetées, l'infection de la banlieue par les usines ammoniacales, l’insuffisance de l’eau potable, enfin l’arrivée incessante d'étrangers, qui offrent à la maladie une réceptivité plus grande que les personnes déjà acclimatées on en quelque sorte vaccinées par une attaque antérieure.
Ce rôlé d’aliment nouveau pour le foyer morbide joué par lesimmigrants estmanifestement démontré par l’accroissement de la maladie aux époques des grands travaux du bâtiment, qui amènent dans Paris des quantités considérables de jeunes ouvriers, à celle du retour des vacances, qui ramène la po-
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pulation absente l’été, enfin à l’époque des changements de garnison, où viennent de nouveaux régiments non acclimatés.
= Dans les grandes villes, comme Paris, les foyers d’épidémie varient d’ailleurs avec la topographie de la ville, suivant certaines conditions variables elles-mêmes avec la population de chaque quartier : c’est ainsi qu’à Paris le VIT°arrondissement, qui contient la population militaire de l’École militaire et les malades de lhôpital militaire du Gros-Caillou, est toujours très frappé; d’après les recherches de Jacques Bertillon, le XIX° arrondissement (Buttes-Chanmont), qui contient le port très important des bassins de la Villette et qui est habité par un grand nombre de journaliers très misérables, souvent étrangers (Italiens, Allemands, Belges, etc.), est également très frappé.
D’une manière générale, la fièvre typhoïde tue dans les villes 1,46 sur 1.000 habitants, tandis que dans les campagnes elle ne tue que 0,94 sur 1.000 habitants. D’après les renseignements réunis dans le rapportde M. Lockroy, sur 100.000 habitants la fièvre typhoïde cause 14 décès à Vienne, 17 à Londres, 19 à Bruxelles, 63 à Paris, 149 à Marseille; la population militaire, qui présente les trois conditions les plus favorables, la jeunesse, l’absence d’acclimatement au milieu urbain et l'encombrement, est surtout frappée : la mortalité par la fièvre typhoïde s’est élevée, dans certaines années d’épidémie, pour l’armée, à 9,34 sur 1.000. Sur 10.000 hommes de troupe elle est, en temps ordinaire, de 3 à Lille, de 4 à Châlons-sur-Marne, de 37 à Paris et à Lyon, de 104 à Toulon, de 115 à Brest, de 126 à Carcassonne et de 137 à Troyes.
Indépendamment des conditions de température, de latitude, de profession, etc., qui influent sur la fréquence de l’alcoolisme, et, bien que les campagnes n’en soient pas à l’abri, on peut dire que cette maladie exerce surtout ses ravages
dans le milieu social des villes. L’intensité, la rudesse de beaucoup de travaux qui s’y exécutent, les conditions de chaleur extrême ou, au contraire, de froid vif, au milieu desquelles beaucoup d’ouvriers sont forcés de travaiiler, l’exemple, souvent aussi la misère et le besoin d’un cordial qui stimule artificiellement les forces insuffisamment réparées par une nourriture peu hygiénique, telles sont les causes de la fréquence de l’alcoolisme dans le milieu urbain. A toutes celleslà il faut ajouter les propriétés toxiques d’une bonne partie de l'alcool vendu dans les villes : c’est là une conséquence de l’élévation des droits d’octroi et des diverses charges qui, pesant sur les débitants, retombent forcément sur les consommateurs.
J'aurai l’occasion de revenir plus loin sur ce chapitre important : pour le moment je me borne à signaler que les octrois des villes accusent une progression constante dans la consommation d’alcool. Cependant, d’après Jules Simon, en 1861 il se débitait déjà à Rouen, outre le cidre, le vin ou la bière, 5 millions de litres d’eau-de-vie par année ; à Amiens, d’après le même auteur, il se consommait 80.000 petits verres d’eau-de-vie par Jour.
J’emprunte au D' Lancereaux les chiffres suivants donnés par M. Armand Husson sur la quantité moyenne de liquides spiritueux consommés dans Paris pendant une série d'années.
DévES25 a 190 ER CRE 69 071 hectol. d'alcool pur à 45° FRS ER A Len A ERA 12 319 — — SOA ISA SRE 91 538 — + LOL TA 184680884000: 110 762 —- — SAIS 0 LES 116 200 —— — 10166 Re Re Li 2 ARR VA RU 150 047 — ni
Ce qui donne une consommation moyenne par chaque habitant :
Litres, Litres.
De 1825 ‘à 1830. ....... 8,96 par an 0,024 par jour. 183 FRA UTES EN ALU ses 0,023 —