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Le 20 mars 1857, au sujet de la réforme électorale

3. De tels accents contrastent avec les procédés employés par beaucoup d'hommes politiques de noire pays pour obtenir, près de leurs électeurs, la plus nuisible des popularités.

Les plus petits peuples, de modestes localités peuvent n'être pas étrangers h ces sentiments, et garder avec le même patriotisme de semblables souvenirs, en ce qui touche les sphères très-humbles où s'exerce leur activité.

Au xviir siècle, un écrivain anglais, Addisson, visitant l'Italie, voulut aller contempler à Saint- Marin un curieux spectacle. Un peuple de cinq mille âmes, une petite république indépendante se trouvaient là, vivant dans un ordre parfait, jouissant d'une liberté sans égale ; et cela durait depuis treize siècles!

Pendant que les républiques commerçantes et riches du littoral disparaissaient au milieu de dissensions intestines, celle de Saint -Marin gardait la paix, et ses habitants, remarquait Addisson, s'estimaient plus heureux, au milieu de leurs rochers, que les autres peuples de Tltalie, au milieu des plus belles vallées du monde. Ils le devaient, et c'était leur témoignage unanime, à la fidélité avec laquelle ils conservaient les vieilles mœurs, à une probité irréprochable, à un rigoureux esprit de justice ; les familles étaient bien réglées et ordonnées, elles avaient organisé avec les garanties les plus sages leurs magistratures. L'instruction primairo était dès lors si avancée à Saint-Marin qu'il n'y avait

pas une personne dépourvue d'une certaine teinte de savoir *.

A la veille de la révolution, un illustre Américain, un des fondateurs de l'indépendance des États-Unis, John Adams, ne dédaignait pas de proposer à ses concitoyens le peuple basque comme un modèle 2 ; et il lui demandait des arguments de fait, pour combattre les utopies du Contrat social^ en montrant l'exemple peut-être unique d'une autonomie, qui n'avait pas changé dans le cours de vingt siècles.

1. La république de Saint-Marin a eu de nos jours plusieurs historiens, parmi lesquels nous nommerons M. Auger Saint- Hippolyte. Cet auteur a été conduit, par l'observation des faits, à la même conclusion qu'Addisson, quand il dit à son sujet : € La liberté n'est en réalité qu'une combinaison îiatw relie des rapports sociaux. » — Essai historique sur la République de San-Marino, Paris, Delaforest, 1827.

Naguère encore, M. Erdan, dans le journal le Temps ^ rendait hommage aux vertus de ce peuple, qui vient de refuser les offres les plus séduisantes du gouvernement italien, et avec elles la création d'une maison de jeu sur son territoire.

Il refusa plus au commencement de ce siècle; et l'on cite le mot spirituel d'un des grands citoyens de Saint-Marin, Onofrio, répondant à Bonaparte qui lui proposait un agrandissement pour sa République : « In piccolezza libertà, »

2. Défense des Coyistitutions américaines, par John Adams, ci-devant ministre plénipotentiaire des Eta;s-Unis à Londres, ouvrage publié dans cette dernière ville de 1785 à 1787, et à Paris en 179-2,

John Adams y décrit successivement les institutions de Saint-Marin, de la Biscaye, des Cantons suisses, etc.

De nos jours, rien de plus instructif et de plus saisissant que le tableau des institutions de la Biscaye, tracé par des publicistes contemporains qui les ont décrites, en s'aidant des documents historiques et de l'observation directe des mœurs actuelles i. On ne saurait imaginer une preuve plus positive de la puissance de l'esprit du bien, un résumé plus complet de tout ce que l'expérience des générations a trouvé de meilleur, pour organiser et assurer l'exercice des libertés locales les plus étendues. Il n'est presque pas une commune qui n'ait, avec son école, une société de secours mutuels, une institution de bienfaisance; point de crimes dans le pays, très-peu de délits ; même dans les villes, les portes des maisons sont souvent ouvertes, et, dans les campagnes, les bestiaux et les fruits sont laissés sans autre gardien que le respect dont les entoure le septième précepte du Décalogue.

Sault et sa vallée se sont constitués exactement dans les mêmes conditions ; et il n'est pas sans intérêt de dire comment ce pays, qui pourrait être encore un désert, s'est peuplé, a progressé et est arrivé à l'état où nous le voyons aujourd'hui.

1. Organisation de la famille et Constitution sociale ds la Biscaye, par Don Antonio de Trueba, historiographe et archiviste de la province. ~ Bulletin de la Société d'économei sociale, U -juillet 1867,

C'était primitivement, son nom l'indique ^, un grand massif forestier. Les Piomains y avaient pénétré. Lors de l'établissement des fiefs, une puissante famille, se rendant presque l'égale des rois et des empereurs, y fonda un petit Etat, une sorte de souveraineté presque indépendante.

Il est curieux de saisir à son berceau l'autonomie de la vallée, et de constater que ce berceau a été un alleu, une terre libre. Les barons d'Agoult prétendent ne devoir foi et hommage à personne, ils déclarent et jurent qu'aucun étranger n'a le droit de faire la loi chez eux et d'y exercer une oppression quelconque. Plus tard, ils se soumettent aux conditions communes, et ils se réduisent à la condition de vassaux des Comtes de Provence. Ils en seront même les conseillers et les sénéchaux ; mais le vif sentiment de leur autonomie n'y perdra rien. Des chartes nombreuses ^ nous les montrent, se réser-

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