Sault, sàltus, bois, forêts
2. Deux volumes de titres sur l'ancien Comté de Sault ont été publiés en 1865 et 1867, et ils renferment sur son histoire de curieux documents.
Il est dit, dans des lettres-patentes de Charles IX (avril 15G1) : « La terre de Sault et sa vallée est la première, la plus noble et li plus ancienne seigneurie de notre pays et Comté de Provence, et souloit estre tenue en toute souveraineté, jusqucs en l'an 1-291 qu'Isnard d'Entrevennes la mit en la souveiaineté de Charles, roi de Sicile et de Jéru-
vaut avec la hé. ute juridiction plusieurs des attributs d^ la souveraineté, et réalisant, depuis l'an mille jusqu'au commencement du seizième siècle, le type d'un fief militaire, préposé à la garde des confins du Dauphiné et de la Provence, vivant de sa vie propre, se gouvernant et s'administrant lui-même, conservant le privilège de juger ses affaires en dernier ressort, de ne point recevoir d'officiers publics ou de fonctionnaires étrangers, et celui, encore plus enviable, d'être exempt de toute taille, de tout impôt, même dans les cas impériaux.
Il y a plus et mieux ; et il n'est pas indifférent de rappeler que ces solitudes perdues s'ouvriront à toute la culture littéraire du moyen-age, que les d'AgouIt ne dédaigneront pas de figurer eux-mêmes au nombre des troubadours dont ils aiment à s'entourer. On cite les sirventes de Guilhem d'Agoult parmi les plus populaires et les plus répandus du treizième siècle. L'amour de la patrie les inspire; les passions du temps soulevées contre les hommes du nord y éclatent. Lorsque le mariage de Béatrix,
salem, comte de Provence. » On ajoutait que le seigneur de Sault y faisait « sa continu^^lle résidence. »
Les lettres-patentes de 1561 érigèrent en Comté les vingtquatre villages appartenant aux d'Agoult; mais ja vallée proprement dite continua à s'administrer séparément, avec des privilèges distincts et plus étendiis.
quatrième fille et héritière de Raymond Béranger, fait passer le Comté de Provence sous le pouvoir de Charles d'Anjou, frère du Roi de France, Guilhem s'écrie que son pays a perdu son nom, qu'il s'appellera désormais Faillenza (lâcheté), au lieu de Proenza (bravoure et Provence) i.
Il ne reste plus de cette lointaine et brillante époque que les débris d'un immense château du onzième siècle. Le roi René, qui se plaisait à caractériser par des dictons les vieilles familles provençales, disait : Bonté et hospitalité des dAgoult '^. Cette hospitalité, le manoir de Sault continue à l'exercer, sous une nouvelle forme, dans son état actuel de ruine ; car une portion de la ^'ille moderne est logée dans son enceinte. Le rocher se dresse à pic ; un fossé et des remparts, dont quelques courtines et tourelles se sont conservées, en défendaient les approches ; une grosse tour, qui dominait le pays, correspondait avec celles d'Aurel, de Monnieux, de St-Jean de Durfort, en sorte qu'en temps de guerre les signaux se transmettaient rapidement dans la vallée. L'éghse paroissiale n'est pas moins remarquable par son antiquité s. Elle a
1. Millot. Histoire littéraire des troubadours, tome III, p. 92-106.