Domaine patrimonial de la famille
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inoi tes moyens ; les miens sont de rappeler «jcavent cette mémoire chérie. Parlons souvent de Philippe, pensons-y plus souvent encore, jusqu'à ce que le même bonheur nous réunisse tous à Dieu dans l'éternel séjour... »
Philippe est mort sans enfants et sans avoir fait de testament. Aîné de 'a maison, il n'a pu pourvoir à la sauvegarde de grands intérêts de famille, au moment où toutes les anciennes coutumes conservatrices établies à cet égard viennent d'être détruites. Il n'a pas eu le temps, selon la tradition universellement observée, de laisser à sa femme, zyec des droits d'usufruit, un témoignage de sa tendresse. Auguste va au-devant de ces difficultés, et il les tranche de suite avec son cœur :
« Je m'en rapporte entièrem^ent à toi, et j'approuve toutes les mesures que tu prendras relativement à la succession de PhiUppe. Qu'on ne dise pas que cette formalité n'est point légale : elle est conforme à mes principes...
« Embrasse mille fois pour moi notre chère sœur ; je sens ses malheurs et les nôtres. Si elle a perdu un époux, il lui reste deux frères qui l'aimeront toute leur vie et de tout leur cœur.
« Je ne connais pas les lois, je ne sais ce qu'elles prononcent en sa faveur, si rien n'a été prévu par le contrat de mariage... ; mais je pense qu'il est de notre justice et de notre honneur de lui offrir et de la prier d'accepter un gage de l'affection de sa famille adoptive. Certainement Philippe eût acquitté cette dette sacrée, s'il eût pu nous trans^ mettre ses dernières volontés.
« Je ne doute pas que cette pensée ne te soit venue, et je m'en rapporte entièrement à toi.
« Va, nous serons toujours assez riches. Du pain et mon Antoine, voilà ma fortune. Pour ne pas léser tes enfants, les avantages pourraient n'avoir lieu que pendant la vie de notre chère amie. »
Ce n'est pas tout : Auguste se dit encore que sa vie de soldat l'expose à mille dangers, qu'il a luimême et particulièrement un devoir à remplir, qu'Antoine a pris la place du chef de la maison, qu'il va faire souche à son tour, et qu'il importe de lui donner sans retard les moyens de conserver la famille et les biens de famille. Il fera donc soa testament.
Il prend l'initiative de lui en écrire :
« Je t'envoie une copie exacte et littérale de mon
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testament mystique et solennel que j'ai déposé ce matin chez M. François Hemberger, notaire public à Wissembourg. Tu reconnaîtras, je l'espère, dans mes dispositions, les sentiments qui m'animent. Ils sont ceux d'un frère qui met en toi la plus vive confiance, la tendresse la plus pure. Gomme par les legs dont je l'ai surchargé, je diminue le bien que je voudrais laisser à tes enfants, j'exige que tu le communiques à mon oncle et à nos tantes, afin que celles-ci suivent en te mariant l'impulsion de leur bon cœur et qu'elles t'assurent les avantages que tu mérites à tant d'égards. »
Quelle douleur chez un si bon frère d'être séparé des siens par de telles distances, dans un pareil moment ! Et aussi quels principes de devoir et de patriotisme ne lui faut-il pas, pour résister aux instances qui lui sont faites! Car on le presse de donner sa démission, on le prie de ne pas laisser sa famille dans des transes continuelles, on le supplie de revenir à Sault.
« Je t'aime comme le frère le plus cher, écrit-il à Antoine ; mais ce n'est pas assez. Il faut que tu deviennes mon généreux bienfaiteur ; plus il t'en coûtera pour m'accorder ce que j'exige de toi, plus
tu auras de mérite à te rendre à mes demandes.
« Depuis longtemps, au lieu de m'aider à surmonter des désirs dont la réalisation est impossible, tu ne fais que les rendre plus ardents. Les témoignages de ton affection et de celle de nos parents, qui devraient m'aider à supporter l'absence et me consoler, ajoutent à toutes mes peines. Maintenant, mon bon ami, que mes efforts t'ont convaincu de l'impossibilité de ma retraite dans ce moment, écris-moi, pour ton compte et au nom de tous nos parents, que vous êtes satisfaits de mon absolu dévouement à vos volontés, et que vous m'engagez de la manière la plus formelle à supporter avec courage les nouvelles épreuves qu'un sort rigoureux me réserve...
« Panse les plaies de mon cœur. Ah! si tu savais le bien que tu peux me faire, en me prêchant toimême la résignation !
« Je te renouvelle la promesse de t'écrire régulièrement deux fois par semaine, et j'exige de toi que tu contractes et acquittes envers moi le même engagement. »
11 n'est pas une de ces lettres où les divers parents n'aient chacun leur souvenir et leur article à part. « Embrasse pour moi notre bon oncle le curé,