‹ La vie domestique (volume 2)Chapitre 17 sur 60 · DE L'ANCIENNE FRANCE · texte numérisé non relu

DE L'ANCIENNE FRANCE

nos délicieuses tantes : » cela est répété avec un accent qui montre combien on s'aime dans cette famille. « Le plus pressant de mes désirs, dit-il encore, est de me précipiter dans leurs bras. » — « Je joins mes plus vives exhortations aux impulsions de ton âme, répéte-t-il à son frère, pour te faire une loi sacrée d'aller au-devant de leurs volontés. »

Le 24 août 1793, il annonce qu'une action décisive est imminente ; les alliés sont à trois lieues, ils semblent vouloir tourner l'armée française pour l'obliger à une retraite sur Strasbourg.

« Attendez-moi, dit-il, dès que votre liberté et votre sécurité seront assurées. »

Il cédait enfin aux obsessions des siens, et son frère en était heureux. Joie de courte durée! Trois jours après, Auguste était tué dans un combat. A cette nouvelle, Antoine se sentit défaillir. « Hélas! répétait-il plus tard à ses enfants, nous avons perdu Auguste. S'il eût vécu, il eût été l'honneur de la famille, et il en eût fait les délices. » Il nous a semblé que de tels témoignages d'affection fraternelle, s'ajoutant au Livre de raison d'Antoine, méritaient d'être conservés.

Cette date funèbre du 24 août, qui précéda de trois jours celle de la mort de son dernier frère, devait être marquée, non-seulement pour Antoine de Courtois, mais pour la Provence et pour tout le Midi, par d'autres émotions cruelles; car ce fut celle de la prise d'assaut de Marseille par l'armée de la Convention. Ici se placent des faits étrangers à l'objet de nos études; mais ils ne sauraient être passés sous silence. Ils ont l'intérêt du drame, et ils feront connaître le grand caractère et le grand cœur de celui dont nous traçons la biographie.

Au moment où Auguste de Courtois écrivait à sa famille de l'attendre, dès que la liberté et la sécurité des siens seraient assurées , les départements du Midi, depuis Lyon jusqu'à Marseille, étaient en pleine insurrection. La résistance à la Terreur était inscrite sur le drapeau des populations soulevées; la chute des Girondins venait d'activer le mouvement, au lieu de le ralentir, et la résolution avait été prise de nommer de suite des députés qui partiraient pour Bourges , où se décideraient les moyens de sauver le pays.

Antoine de Courtois représenta Sault à Digne, chef-lieu du département des Basses-Alpes (dont son canton dépendait alors), dans une assemblée primaire tenue le 1" juillet 1793. Il avait rempli

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son mandat et retournait dans sa vallée, lorsque, passant à Manosque, il y rencontra deux commissaires délégués par la Convention à l'armée d'Italie, Robespierre le jeune et Ricord, aux prises avec un bataillon de sectionnaires marseillais marchant sur Lyon. Leur vie était en danger : il n'écouta que son cœur, et les arracha à la mort, en les conduisant à Sault, où ils trouvèrent momentanément un asile.

Les fédérés furent défaits à Avignon le 27 juillet, Marseille tomba au pouvoir de Cartaux le 24 août; la résistance à la Terreur était vaincue, et celle-ci n'avait plus qu'à écraser ses victimes. Dénoncé par Marquoi, président du comité révolutionnaire d'Apt, Antoine de Courtois fut arrêté le 2 octobre et incarcéré à la Glacière, à Avignon. Il était à deux doigts de la mort. Sa belle-sœur, la veuve de son frère aîné Philippe, montra alors tout ce que peut le dévouement; elle partit pour Nice; n'espérant plus qu'en celui dont Antoine venait d'être le sauveur, elle se jeta à ses pieds et en obtint une délivrance immédiate. Robespierre fit en effet rendre à Avignon, le 19 octobre, par Rovère et Poultier, commissaires de la Convention, un arrêté d'élargissement du prisonnier.

Retiré dès lors à Nice, avec le titre de médecin

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