‹ La vie domestique (volume 2)Chapitre 2 sur 60 · AVANT-PROPOS VU · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS VU

Combien aujourd'hui se découragent et désespèrent! c( Le grand ressort^ disent-ils^ est brisé! » D'autres prennent leur parti de la destruction de la famille et croient quune société peut vivre heureuse sans elle. Des deux côtés, il y a un état moral funeste. Les plaintes sont inutiles, et une confiance aveugle dans l'avenir ne nous sauvera pas; il s'agit de savoir oà est le vrai et d'y revenir.

Au nom de cette pensée, nous commençâmes, il y a dix ans, par publier l'histoire d'une famille du XVF siècle i. C'est un tableau authentique et exact de la vie domestique, telle que la pratiquaient nos ancêtres, et il nous est retracé avec une simplicité pleine de charme par Jeanne du Laurens, fille d'un très-modeste médecin de la ville d'Arles et sœur de huit frères qui tous s étaient élevés par la vertu et le travail.

Du A'TT siècle jusqu'à nos jours, où sont nées les forces qui ont permis à la France d'acquérir tant de gloire et de supporter, sans y périr, tant

1. TJyie famille au XVI^ siècle; Paris, Baltenweck, 3' édition augmentée de nouveaux documents (sous presse)

Vm AVANT-Pr.OPOS

de violentes commotions? Comment, au XVIÎI^ siècle, la corruption de Paris et de Versailles a-telle été circonscrite et contrebalancée? Et, au sortir de la révolution, à quelles réserves notre pays a-t-il dû de se relever de ses ruines? En d'autres termes, quelle a été à tous les degrés la manière d'être des races dont la sève énergique soutenait V essor du pays? races fécondes de propriétaires fonciers, de soldats, de magistrats, de jurisconsultes, de notaires, de médecins, etc.; familles nobles ou bourgeoises, familles du peuple, familles rurales surtout, depuis la plus illustre jusquà la plus humble!

A qui le demander? si ce n'est à ces fanti'les elles-mûmcs.

Nous nous sommes donc adressé à elles; nous sommes allé les saisir dans leurs Livres de raison, dans leurs contrats de mariage, dans leurs testaments et papiers domestiques. Nous avons appris de la sorte, et sans erreur possible, ce qu'étaient chez elles le respect de Dieu, du père, de la femme, de r enfant, U autorité paternelle, les éducations, l'esprit de conservation, d'initiative et de progrès. Elles étaient sous nos yeux; -elles nous racontaient

AVaNT Plun'û;

comment la France s*cst longtemps gouvernée en paix dans ses foyers, dans ses ateliers^ dans ses corporations, dans ses communes^ dans ses provinces. Que si l'on découvre dans les institutions du passé une partie périssable, il en est une autre qui demeure éternelle. Cest celle-ci que nous cherchions, et les faits nous la montraient toujours jeune, toujours retrouvant une nouvelle vie, tant que les principes nécessaires sur lesquels elle repose n'ont pas été ébranlés.

Les résultats de nos études furent condensés, en 1873, dans un livre sur les familles et V ancienne société françaises i.

Cette œuvre venait de paraître, lorsque de divers côtés on voulut bien émeltre-le désir de la voir compléter. « On se prend à souhaiter trèsvivement, disait un bienveillant critique, que M. de Ribbe, qui du reste en a déjà publié un, nous fasse connaître en entier plusieurs des principaux Livres de famille. Cest désormais son domaine; il lui appartient de nous y faire pénétrer 2. »

1. Les Familles et la Société en France, avant la Révolution, d'après des documents originaux; 2 vol. in-12; Paris, Baltenweck, 1876, 3« édition.

Page 1